Evariste (François-Henri Désérable, 2015)

evaristeLu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants Telerama – France Culture 2015

Évariste Galois est une étoile filante dans l’histoire des mathématiques. Né en 1811, il vit sa jeunesse dans l’agitation qui entoure les Trois Glorieuses. Son engagement politique et ses provocations l’amènent à passer quelques temps en prison et à être exclu de l’École Normale. Ce trublion meurt à vingt ans au cours d’un duel, en laissant derrière lui comme seul héritage un mémoire fondateur des mathématiques modernes. Galois voulait la gloire, il n’aura eu qu’une mort prématurée et une reconnaissance posthume.

On n’évoquera dans Évariste que sa vie trépidante, car Désérable reconnaît rapidement qu’il n’entend rien aux mathématiques et est donc bien en peine quand il s’agit de commenter le génie de son personnage. C’est un peu gênant au vu de l’hagiographie proposée, surtout quand on se permet de surcroît de traiter avec un dédain affiché certains des contemporains de Galois. L’exemple de Poisson est frappant. Chercheur aux multiples centres d’intérêt, Siméon Denis Poisson a apporté des contributions importantes en électro-magnétique et dans l’application des mathématiques à la physique, et est loin d’être « l’objet d’injures et de risées » qu’en fait Désérable. Mais Poisson est également l’un des académiciens qui eurent entre les mains le premier mémoire de Galois, mémoire qu’il renvoya sans en avoir perçu le caractère exceptionnel. Poisson rejette Galois, haro sur Poisson !

Méprisons également le geôlier qui incarcéra Galois, forcément une outre à vinasse… Les clichés s’enchaînent, alors que Galois se heurte partout à des portes closes, génie incompris et délaissé, souvent rapproché de Rimbaud par Désérable. Galois s’est attaqué à la Montagne, les mathématiques, Rimbaud est l’élu du Verbe, la poésie. Et le Vieux arbitre tout cela. Ces allégories récurrentes côtoient d’autres effets de style agaçants, comme les adresses à cette « mademoiselle » à qui le texte est écrit, parfois associées à l’une ou l’autre grivoiserie. Le style se veut vif, ironique ou détaché, mais il aurait fallu plus de travail pour distiller et modeler cette écriture.

L’intérêt est peut-être plus à chercher dans l’ambiance enfiévrée de cette période, Paris et ses barricades, Charles X puis Louis-Philippe, républicains contre monarchistes, des années trépidantes et moins connues que celles de la Révolution. Il faudra s’en contenter car on n’apprend finalement pas grand-chose sur Galois, puisque tout ce qui fait son génie manque au texte. L’homme est détaché de l’œuvre de sa vie, de l’ampleur de ce défi qui n’est guère que métaphorisé.

Évidemment, on comprend le projet et l’aura du sujet. Le personnage d’Évariste Galois a tout pour fasciner, par son génie et sa trajectoire qui l’a vu « exploser en vol au lieu de s’étioler » (traduction très approximative, l’original ici). Une icône quasi-unique dans l’histoire des mathématiques, un personnage flamboyant à la Mozart, à la Hendrix ou à la Rimbaud. Mais une bonne histoire ne suffit pas à faire un bon roman, et l’œuvre est ici loin d’être aboutie.

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2 réflexions sur “Evariste (François-Henri Désérable, 2015)

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