Vernon Subutex, 1 (Virginie Despentes, 2015)

vernon subutexLu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants Telerama – France Culture 2015

Ça y est, c’est acté : Vernon Subutex est à la rue. Ça faisait des années que ça lui pendait au nez, depuis que son magasin de disques a mis la clef sous la porte en fait, mais ce coup-ci l’huissier est passé, ses affaires sont en garde-meuble, et il n’a avec lui que son IPod, quelques fringues et les cassettes audio laissées par un vieil ami après une semaine de défonce. L’ami, c’est Axel Bleach, une star du rock morte entre-temps. Voilà donc Subutex dehors, à frapper aux portes de tous ces potes qu’il n’a pas appelé depuis des années, et à essayer de refourguer l’inédit de la star foudroyée.

L’intrigue est un prétexte pour peindre un certain milieu parisien rebelle branché qui a (très mal) vieilli : anciens punks, ex-pornstars ou camés, qui croisent de nouveaux protagonistes eux aussi marginalisés à un degré ou un autre : jeune voilée, trader aux dents longues, transsexuel brésilien. De cette galerie de portrait émane un parfum de désenchantement. Il y a ceux qui se sont rangé, qui ont une famille, un job et quelques saillies racistes en réserve. Il y a ceux qui ont continué dans la défonce, et que même leur cocktail de nihilisme et de coke à haute dose n’a pas suffi à achever. Il y a cette fille que le groupe a laissé tomber, et qui traîne sa solitude et sa rancœur.

Les alternatifs branchés des années 80 ont laissé passer le train. Un seul a réussi, que tous méprisent à demi-mot pour cette simple raison. L’écriture est brute et se veut punk comme les personnages, Dan Fante n’est pas très loin, et comme chez lui, il n’y a pas grand-chose de palpitant dans ce roman. 400 pages, c’est long pour une intrigue aussi mince que celle proposée ici, et on peut regretter le côté archétypal des personnages qui fait du roman une collection de vignettes. Mais dans Vernon Subutex il y a l’individualisme, la morosité, la chute et les déceptions d’une génération paumée qui croyait cramer sa jeunesse et a vieilli comme tout le monde, et finit embourbée dans une époque sans rébellion ni subversion. Il y a un pays déprimé et grisâtre, dans lequel Vernon Subutex coule. Sans être révolutionnaire et malgré quelques longueurs, c’est ambitieux et accrocheur, prenant et âpre, et ce n’est qu’un début.

Une chronique détaillée sur LeBouquineur

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2 réflexions sur “Vernon Subutex, 1 (Virginie Despentes, 2015)

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