Loin sous les ravenales (Annick de Comarmond, 2010)

Un héritage inattendu, et voilà qu’Hélène quitte Antibes et ses classes d’histoire-géographie pour aller régler la vente d’une mine de graphite perdue au cœur de Madagascar. Mais arrivée sur place, e2410lle se passionne pour le pays et décide de relever le défi : faire tourner la mine, elle qui ne connaît rien au graphite ou à l’entrepreneuriat. La voilà partie pour des années en « immersion totale » au cœur de la forêt malgache. Elle y découvrira les coutumes locales, expérimentera les difficultés de la communication inter-culturelle, trouvera l’amour et déterrera d’étonnantes histoires de famille.

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La première partie est très emballante. La transcription qui y est faite de la découverte de Madagascar est très juste : elle n’omet rien des incompréhensions constantes et des maladresses involontaires liées au gouffre socio-culturel qui sépare le Français tout frais débarqué des malgaches isolés. Et quand Hélène part se ressourcer à Tananarive, un gouffre d’un autre genre existe avec les Français de la capitale… Ainsi de cette vieille dame qui a « son jour » de réception, comme chez Balzac ou la comtesse de Ségur ! Entre la solitude que génèrent ces décalages et la beauté des paysages et son attachement aux personnes rencontrées, les sentiments sont mitigés. En forêt, toute tentative de gestion non « néo-coloniale » échoue face à une coutume bien ancrée où le respect est fondé sur l’affirmation de leur autorité par les vazahas, les étrangers. La barrière culturelle ne s’effacera jamais, mais Hélène parvient à négocier sa mise à l’épreuve et à poser tant bien que mal son autorité. On retrouve un peu de Anita Conti ou de Karen Blixen dans ce portrait de femme aventurière, et si le récit des évènements pourrait paraître caricaturale, ceux qui ont pu pratiquer la Grande Ile et ses habitants en apprécieront au contraire la finesse.

Le roman se délaie ensuite à partir du milieu. La fin est connue d’avance : Hélène ne gardera pas sa mine, puisque l’incipit la décrit revenue en France. Les sulfureuses histoires de famille et les intrigues amoureuses ne suffisent pas à empêcher la tension de retomber lentement. J’ai malgré tout achevé la lecture avec plaisir, le récit garde suffisamment de rythme pour pallier l’absence d’enjeu. Les derniers rebondissements viennent redonner un peu de punch à l’histoire.

L’ambiance malgache et la description toute en finesse des joies et tourments de l’expatriation font sortir ce roman du lot. Ceux qui y ont déjà été se replongeront avec plaisir dans l’ambiance, et constateront que le pays n’a pas beaucoup changé depuis l’époque que décrit l’auteur, les autres seront probablement contaminés par la passion contagieuse d’Annick de Comarmond.

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Une réflexion sur “Loin sous les ravenales (Annick de Comarmond, 2010)

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