Plus rien que les vagues et le vent (Christine Montalbetti, 2014)

plus rien que les vagues et le ventLu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants Telerama – France Culture 2015

Un français vient se perdre au fin fond de l’Orégon. Au bord de l’océan, il laisse le temps filer en écoutant les histoires des piliers du bar local. Le Retour d’Ulysse est le réceptacle des frustrations de ces déçus du rêve américain. Il y a la maison achetée, et on croit le pinacle atteint, puis le chômage frappe, la banque récupère la maison, et la femme met les bouts. Ou la fiancée qui claque la porte un matin et ne revient jamais.

Comme c’est un peu longuet, cette avalanche de clichés, Christine Montalbetti tente de contextualiser. L’explosion du Mont Saint-Helens et l’expédition Lewis et Clarke font irruption dans l’histoire, mais ne dépassent malheureusement jamais le stade de prétexte. Toute l’histoire n’est de fait qu’un moyen de parler de cette région et de sa nature violemment sauvage. Christine Montalbetti tente sans relâche de recréer l’ambiance apparemment unique de la côte orégonnaise, de transmettre une poésie de l’instant dans le vol des oiseaux ou le vent dans les branches, de montrer la rudesse d’un paysage qui ne peut pas ne pas faire des hommes qui le parcourent des rednecks au coup de poing facile.

Cette ambition tombe complètement à plat, plombée par les images éventées et le style douteux. Comment peut-on écrire que Lewis et Clarke sont « deux sacrés cocos » ou parler de « hasard bécasson » sans se poser de question ? Ces élans de niaiserie ou les adresses au lecteur sont les moyens d’une quête d’oralité complètement ratée. A ces écueils il faudra ajouter les éruptions de philosophie de comptoir sur la fatalité, le conditionnement et la résilience. « Les gars, dans l’ensemble, je réfléchissais dans la nuit froide et je me suis dit ça un soir, pour résumer […] c’était plutôt comme s’ils la lisaient que comme s’ils l’écrivaient. » Et quelques chapitres plus loin : « il y avait eu des moments où ils avaient mis le paquet, se rappelait Shannon, mais chaque fois qu’ils avaient cru que ça y était, qu’ils accédaient au rêve (la maison, une famille dedans), tout ça s’était défait, les femmes, une fois devenues mères, avaient oublié qu’elles étaient des épouses aussi, l’argent avait manqué, tout à vau-l’eau, et l’amour qui était parti avec, à qui la faute, et le peu qu’on avait eu, on avait tout perdu. » On croirait retrouver le « tout tourne mal » de Jérôme Ferrari. Mais pour être tragique, il faudrait y aller un peu, tendre le récit, ciseler ses personnages, aiguiser au lieu de délayer. Il faudrait la plume de Beppe Fenoglio ou Urbano Tavares Rodrigues.

Quand elle ne sait plus comment rallonger la sauce, Christine Montalbetti nous parle de choses et d’autres, et on croit rêver quand le narrateur nous livre ses très profondes réflexions sur Laïka, la spationaute canine. Évidemment, pour nous faire tenir, on nous a rapidement annoncé qu’il y aurait un évènement qui viendrait rompre cette torpeur, dont le récit se voit repoussé de chapitre en chapitre, parce qu’il faut absolument ajouter telle ou telle anecdote. Par respect pour ceux qui auront encore envie de se plonger dans cette lecture, je ne dévoilerai pas ce climax, mais la déception est au rendez-vous.

Lenteur, vacuité et mollesse ne sont ni équivalentes ni irrémédiablement liées. Là où Jean-Paul Kauffmann se fait virtuose de la lenteur et des landes tragiques dans L’Arche des Kerguelen, le projet paysager de Christine Montalbetti espère faire émerger la matière à force de malaxer mollement le vide. Les personnages sont transparents et la mythologie américaine est plaquée sur un décor sans relief, pour un résultat d’un ennui profond, à oublier très vite.

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