La Destruction du Parthénon (Christos Chryssopoulos, 2010)

destruction-parthénonLe Parthénon n’est plus, détruit par un unique artificier. Toutes les réactions sont permises : que faire du coupable ? Que faire de ses écrits ? Que faire, surtout, dans une Grèce meurtrie ? Privé du symbole écrasant de son Histoire, quelle voie et quel futur pour un pays amputé ?

Toutes les classifications ont leurs limites. Les catégories de ce blog en ont aussi… Qu’est-ce donc que cet objet que nous propose Chryssopoulos ? Essai, nouvelle, autre ? La forme m’a rappelé l’étonnant Somaland d’Eric Chauvier.  Chryssopoulos aligne des documents, des extraits, des dialogues et des passages descriptifs, il accumule pour former une vision du chaos social et idéologique provoqué par la disparition du symbole de l’Histoire grecque, pilier sur lequel repose le pays entier. Ces différents éléments constituent un dossier d’instruction, au lecteur de juger les évènements à partir de ces éléments.

Ce procès propose un questionnement sur la place de l’Histoire et du passé, sur la place que sa conservation prend dans nos sociétés. Quelle possibilité reste-t-il pour se réinventer quand le passé est partout, quand il domine la ville comme l’Acropole écrase Athènes ?  En même temps, cette Histoire qui pèse de tout son poids sur la société la paralyse tout autant qu’elle la maintient à flot par le tourisme qu’elle permet et la fierté qu’elle garantit au peuple. L’acte du « terroriste » inconnu tranche la question de manière unilatérale et violente. Son acte irréparable fait vivre les rêves les plus fous des surréalistes grecs d’après-guerre, réunis à l’époque dans la Société des Saboteurs Esthétiques d’Antiquités. L’électrochoc, la bascule complète par le geste isolé et sacrificiel d’un « futuriste » radical.

« Oui, mais on ne peut pas revenir en arrière juste parce que subitement tout est sens dessus dessous – le présent s’exprime au passé simple ; le passé n’est plus ce qu’il était. Le futur était du passé. L’ambition, un surgissement de la mémoire. Le rêve, un souvenir. Et aujourd’hui, pour la première fois, nous n’avons pas d’origine, et peut-être est-ce pour cela que nous parviendrons à choisir une direction vers laquelle nous tourner. Le parcours doit être réinventé ; l’histoire doit être récrite. Tout s’est écroulé par le biais d’un acte que personne d’autre ne peut revendiquer. Un acte qu’on ne peut circonscrire d’aucune manière. Cet acte qui n’appartient qu’à moi. La destruction du symbole. »

Le texte est bref mais incroyablement fécond. La question du symbole et en particulier du symbole architectural, patrimoine partagé par tous, celle de la résilience collective après le traumatisme de la destruction du totem, ou encore la monstrueuse mais fascinante affirmation de liberté de ce dadaïste de l’extrême ouvrent des portes vers le rapport de chacun à l’Histoire et vers l’équilibre entre préservation et prise de risque collective. Les polémiques sur le supposé conservatisme architectural parisien (lien) montrent que certaines de ces questions s’arrêtent pas aux frontières grecques.

Une très découverte, un bouquin qui claque les neurones sous une forme originale.

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Une réflexion sur “La Destruction du Parthénon (Christos Chryssopoulos, 2010)

  1. Pingback: Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Mathias Enard, 2010) | Eustache Raconte

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