La Folie Almayer (Joseph Conrad, 1895)

Parti chercher fortune en Indonésie, Almayer croit avoir touché le pactole quand le capitaine Lingard lui offre la main de sa fille. Mais rien ne tourne comme prévu. Lingard disparaît et emporte avec lui le secret de son trésor. Almayer est alors coincé à Sambir, un comptoir posé à l’embouchure du fleuve Pantaï, loin des autres établissements coloniaux. Sa femme le déteste cordialement, ses affaires périclitent et ses expéditions pour retrouver le trésor de son beau-père échouent l’une après l’autre. Son seul rayon de soleil est sa fille, Nina, avec qui il rêve de partir en Europe. Il met alors ses derniers espoirs entre les mains de Dain Maroola, un dignitaire malais qu’il charge de trouver l’or de Lingard.

folie almayer

Comme pour le Londres gris de L’Agent secret, ou l’océan dans Jeunesse ou Le Miroir de la mer, les descriptions sont puissamment évocatrices. L’intérieur des terres est une jungle inhospitalière où l’on disparait, quand la mer apporte nouvelles du monde, marchandises et échappatoire. Terre hostile, océan libérateur, ces ambiances font résonner mes souvenirs de Lord Jim. Sambir est un trou humide, où l’on ne trouve que deux types de personnes : ceux qui ont l’énergie d’y faire fortune et ceux qui y végètent et s’y perdent. Un rajah calculateur et un Chinois opiomane, un colon abattu et un négociant rusé, l’ambiance est soignée et réussie.

Dans le récit, les grands thèmes conradiens sont déjà présents. La volonté, le sacrifice, l’espoir vain reviendront souvent et ont fait voir à certains en Conrad un précurseur de l’existentialisme (lien). Ils sont ici principalement portés par Almayer, un exemple bien pathétique. Ses espoirs chimériques d’un destin grandiose qui l’attendrait le maintiennent à flot, mais jamais il ne se jette à l’eau, jamais il ne se décide à créer ce destin. Jusqu’au dernier moment il reste aveugle aux manigances de ses proches, perdu dans ses  rêves et ses déceptions. Il y a aussi comme dans Lord Jim ou Nostromo un grand amour, qui amènera la fin d’Almayer. A Sambir, chacun joue sa carte, sauf Kaspar Almayer, qui délègue son avenir à l’homme qui lui enlèvera sa fille. [1]

Le rythme n’est pas très enlevé, même si l’action trépidante ne sera jamais été au menu des romans de Conrad, davantage dans certaines nouvelles comme Typhon. Les trois journées sur lesquelles se déroulent l’action nécessitent une importante mise en situation et impliquent un grand nombre de personnages et d’intrigues mêlées. La construction du contexte et celle l’action se répondent par un jeu de points de vue et de flashbacks que Conrad utilisera dans tous ses grands romans, avec cette même manière de tisser une toile tout en déroulant l’intrigue.

Forcément, on admire cette maîtrise, même si elle n’atteint pas la complexité de Nostromo ou L’Agent secret. Mais cet engouement reste « technique » : la tension manque à mon goût, et les personnages les plus développés ne sont pas toujours ceux qui avaient le meilleur potentiel (je pense à la femme d’Almayer ou au le ministre du rajah). Même si on trouve en germe ce qui fera la grandeur de l’auteur, La Folie Almayer n’est pas le plus passionnant des Conrad.

Nomic en parle (ici)

[1] pour une lecture psychologique de cette relation père-fille au centre du roman, suivez le (lien)

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Une réflexion sur “La Folie Almayer (Joseph Conrad, 1895)

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