Belém (Edyr Augusto, 1998)

« Vous avez trouvé quoi ? Johnny ne m’a jamais laissée regarder là-dedans.
– Il aimait faire des photos ?
– Je crois que oui. Mais je n’en ai jamais vu une seule. Il me disait qu’il n’aimait pas les montrer. De temps en temps, il laissait traîner un Polaroïd. Mais ces photos… Montrez voir…
– Vous ne les avez jamais vues ?
– Non, pourquoi ?
– Ecoutez, ça va vous faire un choc.
– Montrez. Merde. C’est lui. C’est vraiment lui.
– Et les enfants ? Vous les reconnaissez ? »

Johnny est le coiffeur de la jet-set de Belém, de toutes les fêtes et de tous les bons plans. Quand un cocaïnomane averti comme lui meurt d’overdose, ça interpelle. Mais quand en plus on trouve chez lui cassettes et photos pédophiles, l’affaire prend une nouvelle tournure. Entre cette enquête chez les puissants, la pression des médias et son ex-femme, le défi est de taille pour Gil, jeune inspecteur paumé et porté sur la boisson…

Loin du Brésil fantasmé des carnavals et des plages, mais loin aussi des favelas de Rio, voilà la face cachée, sans exotisme, violente et amorale, du Brésil provincial de Belém. Autour de ce coiffeur mort qu’on imagine bien en Terry Richarson en roue libre, les riches paumés se dévergondent pendant que les pauvres essayent de joindre les deux bouts. Les voies de sortie les plus rapides passent par les trafics, sexe ou drogue, et ceux qui les empruntent ne font pas long feu.

Dans ce cloaque oppressant, Edyr Augusto construit un enquêteur dans la grande tradition du roman noir, séducteur mené en bateau, alcoolo, sombre mais fidèle en amitié. Les personnages qui l’entourent sont naïfs, désabusés ou vils et corrompus jusqu’à la moelle. Le monde politique encaisse les bakchichs et laisse faire, les médias chassent les scoops, mais rien ne change que pour le pire. Le résidu de valeurs qui maintient ce monde s’étiole, laissant la place aux pervers, aux débauchés et aux psychopathes.

Belém est dérangeant et ne laissera personne de marbre. L’effet est un peu celui d’un Harry Crews, une sorte de fascination dégoûtée pour cette société qui n’en est pas vraiment une, toute entière livrée à ses turpitudes. Rarement un auteur arrive à plonger aussi loin dans la noirceur.

L’analyse d’encoredunoir est ici, celle de charybde2 ici

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