Moscow (Edyr Augusto, 2001)

« La bande était déjà chez Barba. On a zoné jusqu’à deux heures. Tomas s’est pointé. Il avait besoin de nous. Un type avait emmerdé sa sœur. L’avait cognée. Tomas voulait se venger. Il paraît que le mec appartient à un gang, mais on n’y croit pas. On y va ? C’est près de la plage de l’Areião. Pas un lumière. Ils étaient en train de dormir. On a tapé fort à sa porte. La femme du mec est venue nous ouvrir. S’est prise une baffe. Ce Quico, sérieux… le mec est arrivé, tout remonté. Nissim lui a mis un coup de bâton sur le gueule. On lui est tombés dessus, on l’a défoncé. […] On a fait les cons sur le chemin du retour. Trop fort. »

Mosqueiro est une île au Nord du Brésil, proche de Belém, la ville qui donne son nom à l’excellent premier roman de l’ex-journaliste Edyr Augusto. A Mosqueiro, Tinho et sa bande de potes rodent tout l’été. Ils se lèvent dans l’après-midi, se retrouvent au café, traînent un peu, montent un coup, le mènent à bien, fuient. Recommencent. On voit, on tape, on prend. Que ce soit un vélo, un portefeuille ou un corps. Toutes les classes se mélangent sur Mosqueiro. Sur les plages, les galériens de Belém y côtoient la haute bourgeoisie, les médecins, les businessmen, le star-system. Tinho veut une fille de la haute. Il la veut, c’est plus fort que ce qu’il a jamais ressenti, il la veut mais entre-temps il faut bien s’occuper, alors il en trouve d’autres, il la veut et il est prêt à tout, alors il s’occupe de quiconque se met sur son chemin.

Le dirty realism de Pedro Juan Gutierrez n’est pas loin dans cette ambiance électrique où tout partenaire sexuel est une victime. Plongé dans la tête de ce sociopathe, le lecteur suit mi-fasciné mi-horrifiés ses tribulations sanglantes de viol en meurtre. Même Jim Thompson et son psychopathe de L’assassin qui est en moi passent pour des paroissiens face à cette violence gratuite, décomplexée et affichée… Il n’y a plus le moindre reste de regret ou de conscience du mal chez Tinho. Avec ce personnage, Edyr Augusto confirme son talent à fouiller l’âme de ses congénères les plus dépravés et amoraux. Il n’y a aucun message, aucune revendication chez ces personnages, aucun but autre que la jouissance sans borne dans une violence sidérante. Demain n’existe pas, il faut braquer et dépenser dans la foulée, violer et jouir ce soir. C’est court et ça prend aux tripes, après un premier roman cou-de-poing, jusqu’où ira Edyr Augusto dans sa plongée dans ces abîmes de noirceur ?

L’analyse d’encoredunoir est ici, celle de L’Accoudoir ici, celle de charybde2 ici

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Une réflexion sur “Moscow (Edyr Augusto, 2001)

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