Vermilion sands (J. G. Ballard, 1975)

Depuis l’Intercalaire, Vermilion Sands somnole. Les grandes propriétés ultra-modernes cherchent preneurs, les habitants qui sont restés le sont pour laisser libre cours à leurs lubies. Cette Riviera semi-abandonnée est un lieu d’oisiveté peuplé des réminiscences des frasques de ses habitants passés – réminiscences qui vont parfois bien au-delà des simples vestiges ou souvenirs, puisque la technologie a réussi en maintes occasions à lier matière et esprit, avec par exemple ces maisons psychotropiques qui réagissent à l’attitude de leurs occupants tout en « accumulant » le caractère de leurs propriétaires successifs.

Tout cela est très évocateur d’une forme de post-Âge d’Or, après ce fameux Intercalaire, on perçoit un Brighton délaissé, un Palm Springs endormi ou une Côte d’Azur d’automne qui me renvoie immédiatement à certaines pièces du Solo Piano de Gonzales.

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La musique est d’ailleurs omniprésente, notamment à travers les plantes et sculptures chantantes. Quelques autres grands thèmes structurent le recueil. Outre l’image de la femme fatale, la question de la définition et la place de l’art dans un monde de machines (machine à écrire les poèmes, sculptures chantantes) et de loisirs revient sans cesse. Elle est notamment merveilleusement abordée dans Numéro 5, Les Etoiles, où une poétesse étrange vient perturber la vie ronronnante d’un éditeur de poésie et de ses auteurs, qui sont tous passés à l’écriture « mécanisée ». On bidouille une machine, on lance, et les vers sortent par milliers. Nul besoin de les lire, il suffit qu’ils existent…

« Tony hocha la tête. « Je vois. Elle est totalement à côté de la question, cependant. Il y a cinquante ans, quelques isolés écrivaient encore de la poésie, mais personne ne les lisait. Maintenant, personne n’en écrit même plus. Le VST se contente de simplifier tout le processus. »

En cela, je lui donnais raison, malgré son parti pris évident : Tony est l’un de ces auteurs pour qui la littérature est, par essence, illisible et réfractaire à l’écriture. Le roman automatique qu’il « écrivait » comportait plus de dix millions de mots et devait être l’un de ces grotesques monuments de l’histoire de la littérature, pour la grandeur du voyageur imprudent. »

Voudrait-on de cette vie de loisirs et de cocktails dinatoires, sans travail ni obligation ? A voir comment tournent les personnages, perdus, violents, instables, on se demande où est l’utopie. Ballard utilise toutes les ressources de nos imaginations pour nous emporter dans une réflexion-voyage « esthétisée » sur certaines tendances actuelles. En résultent ces nouvelles ambigües, qui jouent sur le fantasme d’une vie sans travail avec en contrepoids la perte de repères, la démesure et la culture de l’égo. Il y a le côté suranné des Chroniques martiennes, la démesure que permet l’argent, une technologie pervasive à l’extrême, des paysages hors du temps, l’imaginaire pur et la projection. Difficile de ne pas tomber sous le charme très particulier de ce recueil assez inclassable.

 Jean-Claude Dunyach en parle très bien sur le belial, Eric Holstein sur actusf et charybde2 sur son blog

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4 réflexions sur “Vermilion sands (J. G. Ballard, 1975)

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