Histoire de la révolution mexicaine (Jesus Silva Herzog, 1960)

histoire de la revolution mexicaineA partir de 1917, le Mexique connaît une succession de bouleversements politiques et de luttes armées, une révolution qui a marqué l’imaginaire collectif avec quelques personnages forts : Pancho Villa, le bandit moustachu devenu chef de guerre, Emiliano Zapata, le paysan défenseur des Indiens, le cruel général Victoriano Huerta ou l’increvable dictateur Porfirio Diaz. La mise en image au cinéma, de Sergio Leone et son Il était une fois la révolution à La Horde Sauvage de Sam Peckinpah, a contribué à bâtir l’image assez confuse d’une opposition des villistes et des zapatistes, sortes de robins des bois défenseurs violents mais bons de la veuve et de l’orphelin, contre une armée fédérale au service de la bourgeoisie. Cette vision très western a donné naissance à quelques bonnes œuvres, mais il était temps pour moi d’aller un peu plus loin.

Herzog tente ici une synthèse des évènements, de leurs causes et des courants en présence. Journaliste à l’époque, il a été le témoin direct des soulèvements, avant d’occuper des responsabilités de premier plan dans l’après-révolution – il sera notamment le maître d’œuvre de la nationalisation des pétroles mexicains en 1940. Ses vues sont résolument engagées, ce qu’il ne cherche d’ailleurs jamais à dissimuler : Herzog est un révolutionnaire convaincu, soutien de Madero puis de Carranza. C’est d’ailleurs l’un des points forts de cette Histoire que de découvrir une vision de l’intérieur, sans pour autant que ce soit celle d’un protagoniste : un observateur proche, engagé, mais pas un participant. Pour appuyer son propos et élargir ses vues, Herzog laisse également de la place à des sources variées, aussi bien porfiristes que révolutionnaires, et offre un commentaire qui se veut équilibré de évènements et des protagonistes. Seul l’interventionnisme américain suscite une colère notable…

Malgré l’avalanche de noms et d’évènements, ce court récit se lit comme un roman. Il s’ouvre sur une indispensable mise en perspective du conflit dans le contexte socio-économique qui l’a vu naître. Le Mexique est alors un pays où quelques dizaines d’hacenderos possèdent l’immense majorité des terres, et exercent sur les peones qu’ils emploient un pouvoir quasi-illimité, allant jusqu’à payer les salaires dans des monnaies qui n’ont cours que dans sur leurs domaines et dans leurs propres magasins. La tension monte, jusqu’à l’explosion avec le renversement de Profirio Diaz par Francisco Madero et ses alliés. Malgré cette prise de pouvoir, la question agraire reste l’enjeu central de la révolution, et en particulier des revendications d’Emiliano Zapata qui se révolte rapidement contre le régime démocratique de Madero qu’il juge trop frileux en matière de gestion des terres et propriétés. La naïveté de Madero, qui voyait dans la démocratie et la liberté la solution à tous les problèmes du peuple, sans tenir compte de la question économique, permet alors au conflit de s’étendre et de perdurer.

Dans cette seconde phase de la révolution, on peut regretter le peu de place accordé par Herzog à Zapata et à son mouvement, dont la mémoire reste vive et n’a de cesse d’être récupérée un peu partout. Herzog se concentre sur Carranza, futur triomphateur, et Villa, dont il déboulonne le mythe. Les évènements prennent beaucoup de place, les affrontements idéologiques moins. C’est assez plaisant à lire, mais aussi un peu frustrant. Le périmètre choisi pour la révolution génère également un gros regret, car il apparaît aujourd’hui vraiment incomplet. Comme le souligne la postface, l’ouvrage s’arrête en 1917 et ne couvre donc pas les errements postérieurs du régime. On reste sur l’image d’un pays apaisé, libéré de la dictature porfirienne et sur la voie d’une plus grande égalité, ce que les évènements postérieurs viendront contredire – notamment la révolte des cristeros contre la laïcisation du pays (magnifiquement mise en mots par Juan Rulfo dans Le Llano en flammes)

Il n’en reste pas moins que cette synthèse permet une première approche rythmée et facile d’accès de cette phase complexe de l’histoire mexicaine. S’il ne s’attarde pas suffisamment sur les divergences qui déchirent les différents partis, Herzog offre une bonne vue générale qui met en perspective la succession de soulèvements et de coups. L’alternance de commentaires et de citations de sources variées est intéressante et donne un panorama assez vaste de ce qui a pu s’écrire dans les cinquante années qui ont suivi les évènements. Un ouvrage de vulgarisation hautement recommandable pour se familiariser avec cette période extrêmement riche.

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Une réflexion sur “Histoire de la révolution mexicaine (Jesus Silva Herzog, 1960)

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