Le chercheur d’Afriques (Henri Lopes, 1990)

chercheur d afriquesMétisse franco-congolais, André est écartelé entre deux continents, regardé bizarrement aussi bien au Congo que dans les rues de France. A la fois éminemment francophile et férocement attaché à ses grigris, il s’est lancé sur la piste de son père, un ancien chef de poste au Congo, de qui il n’a pas eu de nouvelles depuis son enfance. Mais qu’espérer de ces retrouvailles ? Peut-être la découverte d’une identité plus tangible que cet entre-deux inconfortable, mais que faire en cas de rejet d’un homme qui aura refait sa vie, que dire lors de la confrontation ?

Pour le prof de littérature de Chartres, la quête prendra des chemins détournés. La figure du père est lointaine et baignée dans la double aura qui entoure le paternel et le Blanc chef de poste. Une fois qu’André a en plus identifié l’œuvre publiée par son père sur l’Afrique centrale et ses coutumes, le personnage se fait impressionnant. Alors André tergiverse, y aller, quitte à briser le souvenir à moitié forgé par sa mère, ou s’abstenir et laisser ce père potentiel vivre sa vie de médecin de province ? Les jours passent et il ne se lance pas. Il traîne avec son cousin, footballeur au FC Nantes et dandy fan de jazz. Il rencontre Fleur, écoute du jazz, profite du carnaval, va au match. Il subit aussi le racisme, les « fellagha » qu’on lui lance en cette période de guerre d’Algérie.

Pendant cette attente, on revient sur l’enfance d’André et sur l’exil de sa mère quand le départ du chef de poste avec qui elle vivait la laisse célibataire avec son fils métisse. Cette forte figure féminine imprime sa marque et trouve plus tard son écho dans l’impétueuse nantaise Fleur. Herni Lopès raconte dans un bien probable mélange de fiction et de souvenirs les « scènes de village », le départ pour la France avec les autres lycéens méritants des colonies… Jusqu’à Nantes et au portail du père. L’auteur fait un récit plein d’humour et gentiment moqueur sur les ignorances des uns et des autres, et on sourit volontiers aux stéréotypes alignés des deux côtés. Néanmoins, on s’amuse moins quand c’est le narrateur qui les égrène, intériorisés au fil des ans, et qui font qu’en tournant la dernière page, on ne sait trop que penser sur le fond de cette question de l’identité et du métissage. L’expérience est paradoxale, à la fois riche et anxieuse. On a bourlingué dans Nantes, écouté Armstrong, rêvé au Congo et bu du muscadet, mais aussi subi l’image de brute de sexe et de danseur effréné qui colle à la peau d’André, et qu’expose plus férocement Fiston Mwanza Mujila dans Tram 83. L’incertitude plane en permanence, comme le montre Katell Colin dans cet article d’Ethiopiques. Cette ambigüité fait du Chercheur d’Afriques une lecture riche et précieuse, moins joyeuse qu’il n’y paraît de prime abord, au cœur des tiraillements identitaires. Ajoutez à cela que le texte est rapide, le rythme maîtrisé, que Lopès se paie le petit plaisir de métisser parfois le style… et voilà un très bon moment passé.

Une jolie critique sur le blog de Wodka, ici

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2 réflexions sur “Le chercheur d’Afriques (Henri Lopes, 1990)

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