Requins d’eau douce (Heinrich Steinfest, 2004)

requins d eau douceUn cadavre à moitié dévoré par un requin est découvert dans une piscine au sommet d’un immeuble. Dans l’eau, ni requin ni indice, à part une prothèse auditive sur mesure. Du pain sur la planche en perspective pour l’inspecteur Lukastik. Car le Tractatus a beau affirmer « [qu’]il n’y a pas de mystère », l’enquêteur devra trouver autre chose que sa passion pour Wittgenstein pour expédier cette affaire.

Mais Lukastik a de la suite dans les idées. Très sûr de son talent et peu observateur des procédures, l’inspecteur sait se montrer créatif. Quitte, par exemple, à encourager un suspect se faire la malle avec un témoin potentiel… Wittgenstein ne prévoit pas tout.

Ce roman trouve évidemment son intérêt dans cette figure d’inspecteur un peu barré. L’intrigue est certes originale, mais le sel du roman se trouve dans les commentaires misanthropes à souhait du commissaire.

« Au moment où il se levait, la femme d’en face le dépassa en poussant la voiture d’enfant en direction de la sortie. La suivant à une distance si courte qu’elle en devenait rpesque immorale – comme pour boire jusqu’à la lie le calice de son antipathie -, Lukastik quitta le restaurant derrière elle. Ce faisant, il remarque qu’elle boitait légèrement, comme si elle avait une jambe un brin plus courte que l’autre. Il s’agissait d’un irrégularité minime, qui prenait toutefois de l’importance pour peu qu’on lui accordât une attention suffisante. Ce que fit Lukastik sans en retirer aucune satisfaction. Ce handicap dérangeait. Dérangeait l’aversion qu’il éprouvait pour la personne.une infirmité, même insignifiante, forçait l’attendrissement. Ce dont il se serait bien passé. »

Pour le reste, le lecteur comme l’enquêteur sont baladés, un peu à la façon d’un Patrik Ourednik. L’enquête va de gaffe en surprise, au fil de rencontres hautes en couleurs.

On aurait pu craindre une forme de délire lourdingue, mais Steinfest ne tombe jamais dans la caricature. Très distrayant, déroutant, loufoque, voilà une sorte d’objet polardesque non identifié parfaitement adapté aux vacances.

 

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