Faillir être flingué (Céline Minard, 2013)

Où l’amitié permet de faire face à la violence du far west

Aux confins du far-west, toutes sortes de gens traversent les prairies vers la frontière. Il y a les deux frères Brad et Jeff, venus chercher une terre à labourer, il y a Bird Boisverd, le trappeur, Elie, le voleur de chevaux, Eau-qui-court-sur-la-plaine, la guérisseuse au clan massacré. Un assemblage de personnages parfois loufoques, comme ce doc qui parcourt la prairie en pagne de cuir sur les traces d’une chamane, qui ont tous à la fois un échec à fuir et un futur à construire plus loin, là-bas, à l’Ouest, où l’herbe sera forcément verte, le commerce juteux et le bétail gras. « Partir, je ne connais que ça », finit par lâcher une jeune fille :

Le démarrage est laborieux, avec une centaine de pages de récits fragmentés où l’on découvre les parcours de ces personnages et les liens qui les unissent. Les trajectoires se rejoignent à l’arrivée dans une ville du front pionnier, où peuvent se lancer à la fois les projets des protagonistes et le récit. Comme dans tout bon western, la plupart des rancunes se règlent en quelques baignes suivies d’un grand coup de whisky, sauf quand elles vont chercher plus loin qu’un cheval « emprunté » ou une paire de bottes « trouvée ». Le western et la vengeance… Céline Minard aligne alors un certain nombre de scènes classiques : le saloon et l’inévitable baston qui s’y déroule, l’affrontement avec les Indiens, le barbier… Chacune de ces vignettes est revisitée avec humour et humanité.

Mon sentiment est au début franchement mitigé, alors que l’attente était là (et que j’étais assez content d’avoir mis la main sur un roman dont l’auteur était une auteur, chose pas toujours si évidente). Pourtant dès le début, il y a, outre une petite gêne sur le style et un démarrage qui se fait attendre, sûrement la déception de ne pas trouver un western « à l’ancienne », une de ces friandises d’été à base de bons sheriffs et de méchants bandits. Car Faillir être flingué s’éloigne finalement des codes du western dans l’écriture, dans le refus de certaines oppositions manichéennes, voire dans la magie qui esquisse parfois une apparition avec le personnage d’Eau-qui-court-sur-la-plaine. Il faut y voir une réécriture des westerns des origines, où les règles sont gentiment bousculées malgré la récurrence de scènes classiques.

Je ne suis toujours pas 100% convaincu à la fin, et je reste un peu dubitatif devant les critiques dithyrambiques. Néanmoins, il y a une vraie bonne surprise dans ces personnages attachants, qui pour une fois dans un western osent parfois laisser transparaître leur tendresse. Arrivés enfin à destination après des kilomètres de sueur et de larmes, ils sont prêts à toutes les folies après les déceptions et les efforts. Céline Minard offre une vision optimiste et positive, de ces gens qui arrivent à laisser beaucoup derrière eux pour arracher à force d’efforts un peu de bonheur, en retrouvant après la violence de la prairie les vertus de l’amitié.

On pense forcément à Lonesome Dove (qui souffrait de la même lenteur au démarrage) et à sa brochette de cow-boys, bourrus mais profondément solidaires. On retrouve cela, mais dans une version ici fortement édulcorée : il aurait fallu se salir un peu plus les mains pour que ça fonctionne vraiment.

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Une réflexion sur “Faillir être flingué (Céline Minard, 2013)

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