Terminal frigo (Jean Rolin, 2005)

terminal frigoFlânerie autour des grands ports français en pleine mutation

Roman ? Récit de « voyage » ? Dans ce texte, Rolin propose une errance sans but clair dans et autour des ports du Havre, de Dunkerque, de Saint-Nazaire et de Calais. Au fil des pages, on rencontre les clandestins du Pas-de-Calais, en attente du passage vers le Royaume-Uni. On enquête auprès des syndicalistes de Dunkerque, où l’on s’apprête à détruire l’ancien bâtiment d’embauche des dockers (évocation immédiate des scènes correspondantes dans The Wire ou Sur les quais). On plonge au cœur de l’histoire de ces zones de fortes luttes sociales.

La posture mi-spectateur, mi-journaliste est étrange. Que fait ce narrateur, coincé dans ces hôtels de zones industrielles ou attablé au PMU, que cherche-t-il dans ces lieux abandonnés ? Une trace du passé, une forme d’essence de la page qui se tourne et qui clôt un chapitre de l’histoire portuaire française. Il faut retenir les derniers instants de ces monuments en perdition : le Bureau Central de la Main d’Oeuvre de Dunkerque, le leader CGT qui a enterré le docker à l’ancienne en le salariant.

Les JTs n’y voient rien à raconter : l’extinction se fait en silence. Alors le narrateur observe, rencontre, fouille. L’écriture est précise, abondamment descriptive et éminemment subjective. Pas question de reportage quand il s’agit de nostalgie ou de mélancolie. En parlant de ces lieux que l’histoire laisse derrière elle, Rolin parle aussi beaucoup de lui.

Texte étonnant, qui ouvrait déjà dans sa démarche la voie aux Événements, Terminal Frigo ne plaira certainement pas à tous. Il parvient pourtant à créer l’intrigue autour de lieux que le commun des mortels ne fait jamais que traverser, et à instiller une douce mélancolie face à la disparition d’un univers. Tout ceci pourrait être ennuyeux, et le sera sans doute pour certains. Dans mon cas l’expérience s’est avérée plutôt envoûtante, et certains personnages et scènes m’ont évoqué le cinéma d’Aki Kaurismaki. Rien d’indispensable dans ce Terminal frigo, et c’est peut-être ce qui en fait le charme, car on ne perd jamais son temps à flâner avec Rolin, à la rencontre d’un monde qui s’éteint sans bruit.

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2 réflexions sur “Terminal frigo (Jean Rolin, 2005)

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