Les Enfants du froid (Jack London,1902)

enfants du froidUn an avant L’Appel de la forêt, récits tirés de l’expérience fondatrice au Klondike.

Il y a eu au moins trois périodes qui ont très largement inspiré l’œuvre de London. Ses années vagabondes, qui sont relatées dans La Route. Puis la ruée vers l’or du Klondike, qui inspirent Croc-Blanc, L’Appel de la forêt, Construire un feu ou Les Enfants du froid. Enfin, il y aura le voyage dans le Pacifique, qui nourrit L’Aventureuse ou Contes des mers du Sud.

Au Klondike, London ne prospecte presque pas. Il passe le plus clair de son temps à observer les mineurs dans les bouges locaux. Ce ne sont pourtant pas ces anecdotes qui nourrissent ce recueil, où le point-de-vue adopté est assez original. Plutôt que de suivre les prospecteurs, London s’intéresse aux Indiens dont l’univers est mis sens-dessus-dessous par cette invasion de traîne-la-faim.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/40/Miners_climb_Chilkoot.jpg

Ascension de la passe Chilkoot au Klondike, 1897-98 (source Wikipedia)

Le point-de-vue est assez original, plutôt que de suivre les prospecteurs, London s’intéresse aux Indiens dont l’univers a été bouleversé par cette invasion. Au fil des nouvelles, on découvre les affrontements qui tournent au massacre (Les Fils du soleil), les tribus qui s’étiolent quand les jeunes partent en ville (La Maladie du dernier chef) ou le malaise des métisses (Li-Wan, la belle). La rencontre des deux cultures, telle que racontée dans Nam-Bok le hâbleur, évoque le récit que fera plus tard Chinua Achebe du même phénomène en Afrique de l’Ouest. La ruée vers l’or signe pour les Indiens la fin d’un monde (La Ligue des vieux). Le Klondike n’aura enrichi que quelques veinards, mais il aura détruit indistinctement bon nombre de ses envahisseurs et ceux qui l’occupaient depuis des siècles.

Les thèmes sont classiques chez London. La nature est impitoyable, et les hommes s’échinent à lui faire face. Cet univers impitoyable est souvent tragique (Dans les forêts du Nord ou La Loi de la vie), mais ouvre parfois aussi la porte à l’humour (Le Maître du mystère). On pense souvent à Francisco Coloane et à ses récits de Terre de feu. Comme toujours chez London, la maîtrise du récit est admirable. Vingt pages, c’est tout ce qu’il faut pour transporter le lecteur au bord du Yukon, les loups entourent le camp, un chasseur revient en pagayant… Un très beau recueil d’un très grand auteur.

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2 réflexions sur “Les Enfants du froid (Jack London,1902)

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