Le serpent aux mille coupures (DOA, 2009)

serpent aux mille coupuresQuand de multiples affaires convergent pour créer un explosif « mauvais endroit au mauvais moment »

Au fin fond du Quercy, sur une route de campagne, sont retrouvés les corps de trois mafieux liés aux cartels colombiens. Du travail de professionnel, à n’en pas douter. Que venaient faire ces trois criminels dans cette région perdue ? Alors que les pistes sont rares, d’autres victimes apparaissent dans les jours qui suivent, qui n’ont apparemment rien à voir avec le trafic de drogue. Les vignes de Moissac semblent avoir attiré la violence de toute part…

Cartels colombiens, mafia italienne et racisme paysan se rencontrent pour lancer à Moissac une moisson de cadavres. DOA mène un récit hyper-efficace, condensé en 230 pages, d’une affaire complexe, qui prend ses racines dans un certain nombre de faits réels. Il y a d’abord ces faits divers, rarement relatés par les médias, de paysans Noirs, Beurs ou tout simplement « pas d’ici » que les bas-du-front « du cru » tentent d’intimider, en allant jusqu’à brûler leur matériel ou menacer leurs enfants. La France aux Français, le Quercy aux Quercynois… Il y a aussi les velléités d’implantation des trafiquants colombiens sur le sol français, depuis l’Espagne où ils ont déjà pris pied, et avec l’aide des mafias italiennes. Il y a enfin la « face cachée de la République », avec ses hommes de l’ombre, au service d’officines aux fonctions troubles. Quand tout ce petit monde se rencontre à Moissac, la gendarmerie ne sait plus où donner de la tête. Cette improbable rencontre est donc un vrai feu d’artifice d’urgence, de réactions instinctives et de sang froid malmené.

L’action dure à peine quatre jours, sur plusieurs fronts, et plusieurs intrigues qui s’entremêlent pour composer un tableau dont seul le narrateur et le lecteur ont la vision globale. Le style de DOA est sec et nerveux, dans la grande tradition du roman noir (il revendique « une tendance de fond de [s]on travail vers l’épure et le plus sec« ). Si la probabilité qu’un tel enchaînement de coïncidences ait lieu est très mince, les courants sous-jacents sont bels et bien réels, et le récit est mené avec beaucoup de réalisme. On ne peut que se réjouir de la maîtrise impressionnante avec laquelle DOA mène son roman : style impeccable, récit rythmé, toile de fond solide, il y a là beaucoup de talent. Un auteur à suivre, assurément. Avec déjà un rattrapage de taille : les 700 pages de Citoyens clandestins, dont l’action précède de 6 heures celle du Serpent aux mille coupures.

Ailleurs sur le web, tout le monde en parle : encoredunoir ici, charybde2 ici, Pierre Faverolle sur black novel ici, Yann Le Tumelin sur Moisson Noire ici

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2 réflexions sur “Le serpent aux mille coupures (DOA, 2009)

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