La Belle créole (Maryse Condé, 2001)

Rencontres dans la belle creoleGuadeloupe malmenée du tournant du siècle

Au terme d’un procès qui a attiré l’attention, Dieudonné est acquitté du meurtre de ancienne employeuse et amante. Il faut dire que Dieudonné est noir, jardinier, et que Loraine était une riche békée, ces descendants des colons, de trente ans son aînée, de quoi faire jaser. Le monde se presse au tribunal, mais une fois sorti de prison, Dieudonné se rend rapidement compte que malgré cette célébrité involontaire, personne ne l’attend.

Dans une île en crise, il fait la tournée de ses connaissances. Qu’il s’agisse de sa famille, dont seules subsistent une tante et une grand-mère froides et distantes, ou de ses amis, tous semblent s’être détournés de lui. Même Boris, encore poète clochard quand Dieudonné fut emprisonné, a réussi à se caser avec une journaliste italienne, et anime maintenant les émissions d’une radio syndicaliste. Pour ce beau parleur, l’endépendans paraît à portée de main, alors les vieux amis devront attendre. Et tant pis si Dieudonné erre comme une âme en peine, perdu sans la femme qu’il aimait et dont les circonstances de la mort se dévoilent petit à petit. Finalement, la seule qui attende encore Dieudonné, c’est la Belle créole, le bateau qu’il squattait avant d’être arrêté.

Rien de bien passionnant dans l’intrigue centrale de ce roman, où beaucoup repose sur la relation assez invraisemblable entre Dieudonné et sa patronne assassinée. On sent bien qu’il s’agit là d’un prétexte pour parler de la Guadeloupe, dont La Belle créole dresse un tableau catastrophique. Les descriptions évoquent largement les chiens errants, les « odeurs de pourri » qui émanent de la mer, les bâtiments vandalisés, l’électricité intermittente… « En moins de deux ans, on avait encore enlaidi le pays ». Les grèves, attisées par les syndicats indépendantistes, ne font rien pour améliorer la situation. Là où la quatrième vend des personnages « au grand cœur et aux nobles idéaux », c’est plutôt le désenchantement généralisé. Qu’il s’agisse de politique, où les grands combats d’émancipation n’intéressent plus face aux enjeux pratiques et immédiats, de sentiments, où les amours sont systématiquement déçues, ou de la solidarité familiale qui a pris du plomb dans l’aile, tout semble se déliter.

Au fil des pages et des retrouvailles entre Dieudonné et ceux qui étaient ses proches, on découvre des personnages mal dégrossis, aux trajectoires improbables. Il y a l’avocat embourgeoisé fils du célèbre militant de gauche, qui évidemment n’arrivent pas à se parler. Il y a cette étudiante américaine, amoureuse transie de Dieudonné, qui végète dans un bidonville au milieu des prostituées dominicaines en attendant que son prince charmant daigne venir la chercher. Il y a Boris, le clochard poète qui, après avoir toujours vécu pour son art, jusqu’à y perdre femme, enfant et emploi, se transforme soudainement en meneur syndical. Il y a cet artiste émigré venu monnayer ses faveurs auprès de la riche Loraine, forcément bisexuel, forcément décidé à encanailler Dieudonné, lequel a bien sûr été victime d’un pédophile pendant l’enfance… Le trait est épais, insistant, et on finit par s’ennuyer ferme.

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