Géopolitique des empires (Gérard Chaliand & Jean-Pierre Rageau, 2012)

geopolitique des empiresEn deux-cent cinquante pages, balayer la géopolitique mondiale depuis Sargon (IIIème millénaire av. J-C)

Quatre millénaires d’histoire universelle dans le volume d’un petit roman, on est en droit d’émettre quelques doutes quant au réalisme de l’ambition affichée. Et de fait, l’ouvrage est forcément superficiel. On aborde les uns après les autres les grandes constructions géopolitiques, suivant une construction en trois parties  : L’Orient et l’Antiquité (qui malgré ce titre nous mène jusqu’à nos jours), L’Europe de l’Atlantique à l’Oural et à Vladivostok, et De quelques puissances aujourd’hui. Il suffit de 17 pages pour traiter de l’Egypte antique, de la Mésopotamie et de l’Iran, de Darius à Khomenei. C’est très sommaire, il s’agit à chaque fois d’évoquer quelques grands noms, quelques grandes batailles, et de mettre en évidence les rapports de force principaux. Rien sur l’Amérique précolombienne, pourtant riche de ses propres empires et civilisations, Zapotèques, Mayas, Incas…  Quasimment rien sur l’Afrique subsaharienne, balayée en deux pages sous l’intitulé « la dimension africaine de l’Islam ». On opposera peut-être que la zone d’influence des ensembles africains était bien plus réduite que celle d’Alexandre ou Gengis Khan, mais pourquoi alors dédier une section à la Corée et balayer en une phrase les empires du Ghana et du Mali, sans jamais évoquer le royaume zoulou de Chaka ? Il s’agit donc ici bel et bien de décrire la géopolitique des empires eurasiatiques, ce qui restreint déjà le propos.

De fait, l’intérêt principal réside dans la mise en évidence des deux grandes logiques ayant influencé la géopolitique des grands empires eurasiatiques : la lutte entre sédentaires et peuples des steppes d’Asie centrale (point largement développé par Gabriel Martinez-Gros dans sa Brève histoire des empires), puis la prédominance du facteur maritime à partir du XVIème siècle, qui amène la domination européenne. Dans la troisième partie, consacrée à l’époque contemporaine, les lectures économiques et culturelles sont plutôt légères. La discussion finale insiste fortement sur la « perte du sens des rapports de force » en Europe et la « nouvelle sensibilité occidentale » qui « bride les moyens requis » pour les guerres irrégulières que le monde connaît aujourd’hui.

Ceux qui cherchent à rapidement se familiariser avec les grandes constructions politiques qui ont marqué l’histoire eurasiatique pourront commencer par cet ouvrage. A ceux-ci il convient également de préciser que sur cette version poche, les cartes porposées souffrent pour certaines de souci de contraste dans les couleurs, ce qui en rend certaines difficilement lisibles. Pour les autres, s’ils disposent d’un socle de connaissances convenable, cet ouvrage s’avèrera souvent trop sommaire et finalement décevant.

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