L’Île (Eugène Dabit, 1934)

La mer comme espace de liberté par excellence, et la solidarité des pêcheurs minorquins du début du XXème

Au début du XXème, Minorque n’a pas encore connu le développement touristique. On y vit de pêche, d’agriculture et de la production de chaussures, mais les trois corporations se mélangent peu. La crise malmène les exportations, alors on se rabat sur la pêche. Les trois nouvelles qui composent ce recueil racontent la vie de ces pêcheurs dans un petit port coincé au fond d’une calanque, Ferreal. En dehors du fait que les bateaux sont motorisés, on y vit probablement comme on le faisait cent ans auparavant.

Dans la première nouvelle, Les Compagnons de l’Andromède, un grand cargo est amené au fond de la calanque. Il s’avère qu’il a été acheté par un notable de l’île pour y être désossé et revendu en ferraille. Dans la seconde, Dabit raconte la course contre la montre pour sauver un marin intoxiqué par des gaz d’échappement. Dans la troisième, un cordonnier au chômage technique s’engage dans un équipage de pêche à la lanterne, qui se pratique au plus noir de la nuit. Alors que le mal de mer lui rend les débuts difficiles, il finit par s’adapter, au grand dam de sa femme qui goûte peu les longues absences de son mari.

S’il a donné en 2012 son nom à l’ancien Prix du roman populiste, Eugène Dabit avait un peu disparu des radars, et on se souvenait surtout de lui par l’adaptation que Marcel Carné avait produite de son premier roman, Hôtel du Nord. Cet auteur ne manque pourtant pas de qualités. En une phrase, il pose un personnage, un lieu, une ambiance. Il y a quelque chose de remarquable dans la sobriété évocatrice de ce style, dans cette langue ramenée à l’essentiel. On est à l’opposé des personnages de Papadiamantis et de ses nouvelles teintées de romantisme. On trouverait plutôt dans ces histoires un pendant méridional au récit que fait Simon Leys de son voyage avec l’un des derniers voiliers de pêche bretons, dans Prosper. En lisant le portrait d’un vieux pêcheur, on se souvient aussi du Vieil homme d’Hemingway. Écrivain populaire, défenseur de la littérature prolétarienne avec entre autres Louis Guilloux et Henri Barbusse, résolument ancré à gauche, Dabit décrit des pêcheurs durs à la tâche et heureux de leur condition d’hommes libres. Aucun d’eux ne s’imagine quitter l’île ou changer de profession. D’ailleurs, quand un cordonnier y goûte, il ne peut plus quitter cette liberté qu’offre la mer. Vivre de la pêche n’est pas rémunérateur, mais la solidarité et l’espace remplacent les espoirs de fortune. De beaux portraits des travailleurs de la mer, il n’y a pas si longtemps de cela.

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Une réflexion sur “L’Île (Eugène Dabit, 1934)

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