Liquidations à la grecque (Petros Markaris, 2010)

liquidations a la grecqueDes banquiers assassinés pour donner à voir Athènes en crise

D’abord un grand banquier grec à la retraite, assassiné dans son jardin. Puis le directeur de la branche locale d’une banque anglaise. Ces cadavres décapités s’accompagnent de campagnes extensives d’affichage, qui invitent les Grecs à retirer leur argent des banques. Il faut faire vite pour arrêter l’assassin : le pays est mal en point, et le système financier ne résisterait pas à un tel mouvement, qui par ailleurs génère bien des sympathies. En haut lieu, on veut aussi faire bonne figure vis-à-vis de l’Union Européenne, et ces meurtres violents, y compris sur des citoyens étrangers, font tâche. Le commissaire Charitos, qui ne connaît pas la finance au-delà du fonctionnement de son livret d’épargne, cherche des explications comme il peut, en se plongeant dans le fonctionnement des transactions bancaires. Il faut faire vite, car ce tueur pourrait vite faire des émules…

La pression est d’autant plus importante sur les épaules de Charitos que son collègue de l’anti-terrorisme fait tout pour voir dans cette affaire la marque d’un réseau terroriste, qu’il soit d’extrême gauche locale ou d’importation par les migrants. Une affaire aussi médiatique, rien de tel pour relancer la guerre des services ! Placide, Charitos ne se démonte pas pour autant. Il y a du Pepe Carvalho et du Simona Tavianello dans ce flic attachant, râleur, amateur de bonne chère, malmené par sa femme, mais consciencieux et observateur.

Le récit fait une large place au contexte athénien de la fin des années 2000 : les manifestations quotidiennes qui bouchent encore davantage la circulation, les réformes du système de retraite, les coupes budgétaires. Markaris porte un regard lucide et parfois taquin sur ces évolutions, qui amènent à rogner le quatorzième, puis le treizième mois, et à porter la retraite à des seuils qui n’apparaissent pas outranciers. La confrontation entre les revendications de certains policiers et les situations d’entrepreneurs qui ont tout perdu, ou de la fille de Charitos et de son gendre, avocate et médecin qui peinent à joindre les deux bouts, fait jouer le contraste. On retrouve la volonté présente dans la Bulgarie du Prix Nobel d’Elena Alexieva, pour les Etats « périphériques » de l’UE, de faire bonne figure par l’efficacité de leurs services de police. Si on a du mal à contenter la troïka sur le plan financier, au moins assurons sur la sécurité…

Cette ambiance travaillée compense une intrigue assez vite éventée. On apprécie également l’enquêteur attachant, et les quelques personnages secondaires intrigants qui font de Liquidations à la grecque un divertissement appréciable, tant qu’on n’y cherche ni intrigue complexe, ni fouille approfondie des arcanes du système financier moderne.

La chronique de Jean-Marc Laherrère sur actu-du-noir est ici, une chronique moins enthousiaste par Bruno BMR ici

Les postfaces des romans de Markaris traduits par Michel Volkovitch sont sur son site, ici

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