Bien connu des services de police (Dominique Manotti, 2010)

bien connu des services de policeQuand Dominique Manotti décide de faire le portrait de la police de banlieue, c’est court, efficace et dévastateur.

Alors que l’élection présidentielle approche (celle de 2007, même si aucun nom n’est mentionné), la commissaire Le Muir a pris les rênes du commissariat de Panteuil. Elle est bien décidée à continuer son ascension, et pour cela il faudra montrer rapidement des résultats. Toutes ses équipes marchent à fond derrière un unique objectif : faire du chiffre, et vite. Faire de l’arrestation facile, mais surtout pas de la plainte insoluble, quitte à laisser les gens repartir tout aussi désarmé et en danger qu’ils sont venus. Du chiffre, du chiffre ! Le passage qui décrit l’initiation d’un bleu au bureau de dépôt des plaintes est monumental. Deux violences conjugales dans la journée ? Impossible. La seconde plaignante n’aura qu’à faire les yeux doux à monsieur, et tant pis si ça ne suffit pas. Le préposé aux plaintes a lui aussi tout intérêt à ce que a se passe comme ça, c’est sur ces critères qu’il est évalué, et il ne va quand même pas rester coincé toute sa vie à ce poste !

Mais le meilleur se passe bien entendu en dehors du commissariat. Dominique Manotti met notamment en scène une arrestation qui tourne au fiasco, dans une cité prétendument sensible. Un téléphone portable est volé sur le marché, et la patrouille présente est alertée. Sur un vague signalement, les trois flics se lancent à la poursuite d’un homme. Ils débouchent sur une dalle, et tout dégénère… Arrivée de la BAC, lacrymogènes, arrestations musclées… Entre temps, la plaignante a disparu, et personne ne retrouve le portable. Dans la rue, il y a aussi les passages à tabac, les rackets, le proxénétisme policier, alors que dans le même temps, au vu et au su de tous, un garage maquille des Mercedes volées pour les envoyer dans les pays de l’Est. Il ne faut qu’une semaine à un nouveau venu pour s’en rendre compte, mais bizarrement, l’affaire ne semble intéresser personne. C’est le dossier de l’antigang, alors nous, non, on n’y touche surtout pas, même si chacun sait que l’antigang a lâché l’affaire depuis des mois. La guerre des services a bon dos : l’affaire serait longue et difficile, il vaut mieux aller chasser de la mendiante, ça fera du résultat rapide et un peu de monnaie pour le pot commun. Et quand tout part vraiment en cacahouètes, voilà qu’arrive la compétence-clef de tout commissaire : les relations publiques. On appelle le bon journaliste ami, on choisit soigneusement l’info à sortir, on verrouille tout, et pour la photo souvenir ça se passera ici, s’il vous plait.

Enfin, Manotti montre bien l’intrication entre policiers et monde politique. Trois personnages incarnent cette relation trouble. D’abord un ancien commissaire des renseignements généraux, bien décidé à faire tomber le ministre de l’intérieur, et qui téléguide à cette fin une de ses anciennes subordonnées. Il y a ensuite la commissaire Le Muir, une ambitieuse qui a su se placer dans les groupes de travail adéquats en préparation de la campagne présidentielle. Il y a enfin le chauffeur de Le Muir, ancien membre de groupuscules d’extrême-droite pour lesquels il fait maintenant  office de taupe à la PJ. Comme elle le fait dans l’Italie des années de plomb dans L’Évasion, Dominique Manotti met le doigt sur ces compromissions entre forces de l’ordre et ambitions politiciennes.

On pense bien sûr au Vic MacKey de The Shield et à ses coups foireux. La série était basée sur une histoire vraie… On se souvient aussi de Jérôme Leroy qui dans Le Bloc évoque largement les liens entre police et politique. Les injustices mises en lumière n’ont rien de réjouissant, mais on peut difficilement rester insensible au talent de Dominique Manotti pour lâcher ses personnages dans un jeu dont ils ne comprennent pas les règles, ballottés de part et d’autre jusqu’à ce que sonne pour eux la fin de partie.

Ailleurs sur le web, la lecture d’encoredunoir est ici

 

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3 réflexions sur “Bien connu des services de police (Dominique Manotti, 2010)

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