Moisson rouge (Dashiell Hammett, 1929)

HAMMETT-moisson_rouge_couvAux sources du hard-boiled

Un détective de la Continental est appelé à Personville par le propriétaire d’un journal local. A peine le privé a-t-il débarqué que son client est assassiné. Le détective rencontre alors le père de la victime, Elihu Willsson, fondateur et patron-propriétaire de la ville. C’est en effet lui qui possède les mines qui font vivre la bourgade. Depuis des années, Willsson est en cheville avec la pègre locale, qui a fini par lui imposer sa loi. C’est ce à quoi son fils voulait mettre fin, mais le père semble moins sûr de lui. Souvent à l’encontre de l’avis de son client, le privé va se lancer dans un grand nettoyage.

Personville, c’est la version provinciale de New York la nuit, la Gotham City du Montana, ou certaines de ces villes pionnières décrites dans les westerns. Quelques gros bras terrorisent la ville mais maintiennent entre eux la paix des affaires dans une ville rongée par la corruption et la violence. La police est aux ordres et laisse faire en prenant sa part. Le fondateur vieillissant regarde sa créature lui échapper, tourmenté par ses résidus de morale mais avant tout par la frustration de perdre le contrôle, mais rattrapé par la peur de voir sa fortune balayée avec le système qu’il a conçu. Le tableau est connu et a fait l’objet de bien des variations.

Le justicier qui tombe au milieu de ce système trouble n’a rien d’un chevalier blanc. Si ses motivations sont nobles, les moyens sont largement discutables. Le Continental Op que Hammett n’a pas jugé nécessaire de nommer frappe et boit plus souvent qu’à son tour, monte les gangsters les uns contre les autres et n’hésite pas à les laisser s’entretuer. Par ses yeux, on découvre une ville corrompue jusque dans le physique et la mise de ses habitants. Les gangsters affichent leur cou inexistant ou leur menton porcin, l’incontournable femme fatale a pris un coup et se montre toujours sale ou dépenaillée.

On est aux origines du hard-boiled, roman noir américain qui montre largement la corruption, la violence et les conflits d’intérêts. C’est à cette source que s’abreuveront plus tard le grand Jim Thompson et ses comparses et jusqu’à Frank Miller dans certains de ses comics. L’original n’a pas vieilli, et à ceux qui se demanderaient s’il vaut encore la peine de lire Hammett près d’un siècle après, oui, sans la moindre hésitation. On trouve là l’essence même du roman noir, ses personnages jamais nets, son univers corrompus, son écriture sèche et rapide… Le plaisir de lecture est intact.

A noter que la traduction a été revue intégralement en 2011, il faut donc probablement faire attention au vu des errances passées de la Série Noire sur ce point.

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2 réflexions sur “Moisson rouge (Dashiell Hammett, 1929)

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