Citoyens clandestins (DOA, 2007)

citoyens clandestins2001. Un groupe islamiste a réussi à obtenir en Irak des neurotoxiques puissants, et semble déterminé à les utiliser en France.

Les militaires de la Direction du Renseignement Militaire et de la DGSE, les flics des RG ou de la crim’ et les barbouzes d’officines téléguidées par l’espionnage sont sur le coup. Inflitré dans une mosquée radicale du XXème, Karim Sayad joue sa peau pour découvrir ce qui se trame dans les camps d’entraînement au Moyen Orient. Soldat de l’ombre hyhper-efficace et sans grand scrupule, Lynx joue l’exécuteur des hautes oeuvres pour la DGSE. Sans le savoir, ils vont suivre les mêmes suspects, chacun avec sa méthode. Mais les journalistes sont aussi sur le coup… Dans la méfiance généralisée, quand certains veulent savoir et d’autres tout faire pour étouffer l’affaire, les trajectoires de ces personnages se croisent et se téléscopent, souvent à leur insu. Il y a urgence, et il est peu probable que tous sortent indemnes de cette affaire.

L’histoire est à la fois classique et d’actualité presque dix ans après. La force du roman réside dans son hyper-réalisme et sa mise en scène très poussée du jeu entre les différents services de renseignement (armée, espionnage, ministère de l’intérieur). En parallèle des actions de terrain, DOA nous entraine dans les circuits de décision, au coeur du poker menteur que jouent les différentes agences (depuis 2008, les réformes et fusions ont tenté de modifier cet équilibre, avec des résultats mitigés). Citoyens clandestins lie les différents niveaux cloisonnés du renseignement, et les différents univers décrits, qu’il s’agisse des diverses agences concurrentes ou du travail à haut risque des journalistes dans ce milieu. Le lecteur dipose de toute l’information du système, mais expérimente avec chacun de ses éléments la frustration d’être tenu dans l’ombre. La plume est clinique et crue. Emerge de cette description en réseau hyper-réaliste un sentiment d’effroi face au risque généré par les stratégies politiciennes des chefs d’agence, tout à leur gestion de carrière ou à la préparation de la présidentielle de 2002.

En cherchant la petite bête, j’aurais pour ma part pu vivre avec un texte plus ramassé, à l’image du Serpent aux mille coupures paru deux ans plus tard, et qui reprend l’histoire là où Citoyens clandestins la laisse. Après la claque de ce polar ultra-nerveux, certaines facettes des 700 pages de Citoyens clandestins paraîtraient presque bavardes ou démonstratives. DOA reconnaît d’ailleurs lui-même cette évolution vers « l’épure et le plus sec ». On peut également penser à la redoutable efficacité de Dominique Manotti, par exemple dans Bien connu des services de police. Mais il faut bien reconnaître qu’on devient difficile une fois confronté au très haut niveau, et qu’on est toujours plus exigeants une fois qu’on a constaté le talent… Ce sentiment serait probablement atténué par une lecture dans l’ordre chronologique.

Nous avons donc un roman abondament documenté, soigneusement tissé, complexe. Un grand roman de la lutte contre le terrorisme, du « champ de bataille » aux plans stratégiques, en passant par toutes els magouilles intermédiaires. DOA dissèque le fonctionnement de cette machine obscure, et le résultat fait froid dans le dos.

Ailleurs sur le web, tout le monde en parle, on pourra notamment aller lire la chronique de PAT sur le cafard cosmique (ici)

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Une réflexion sur “Citoyens clandestins (DOA, 2007)

  1. Pingback: L’honorable société (Dominique manotti & DOA, 2011) | Eustache Raconte

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