La saison des massacres (Giancarlo De Cataldo, 2007)

saison des massacresArrivée de Berlusconi et terreur mafieuse, dans une réalisation mal maîtrisée

Début des années 90. Après avoir atomisé Falcone et Borsellino, la mafia continue sa campagne d’intimidation en multipliant les bombes dans les centres villes, près des musées et des lieux touristiques. Des attentats aveugles, qui dévastent des rues entières. Impossible de continuer ainsi : l’État missionne le commissaire Scialoja pour mettre fin à ces massacres. A la tête d’une officine occulte, craint depuis qu’il a récupéré les dossiers du Vieux sur tout ce que le pays compte de puissants, Scialoja se met en quête d’un point d’entrée vers Cosa nostra. Il devra faire avec la concurrence d’un autre ancien lieutenant du Vieux, réminiscence de la lutte anticommuniste souterraine qui a agité les services italiens pendant des années. Il devra aussi composer avec un environnement politique instable, alors que dans le Nord, un industriel veut faire bouger les lignes : Berlusconi s’est lancé dans l’arène.

Avec un thème pareil, il y avait de quoi faire un excellent roman noir. Le contexte est riche, les attentats de 92-93 n’ont pas livré tous leurs secrets et les liens supposés entre Berlusconi et la mafia rythment encore l’actualité judiciaire italienne. Malheureusement, Giancarlo De Cataldo gâche très largement son matériel. Il y a d’abord l’écriture, avec ses effets de style agaçants. L’overdose d’anaphores, les empilements de phrases de moins d’une ligne, les énumérations superflues donnent un style tout à fait emprunté qui rend la lecture pénible. Les tournures sont volontiers allusives, ce qui ne fait rien pour améliorer la compréhension.

Il faut aussi compter avec une multiplication de personnage caricaturaux, aux relations foireuses, aux dialogues boiteux. Le flic sur le retour transi d’une prostituée rangée, l’entrepreneur marié à la riche héritière, qui se jette dans les bras des mafieux sans que Madame ne se doute de rien, le tueur mécanique qui se réveille un matin grand sentimental, le journaliste hargneux, prêt à tout pour revenir dans la lumière. De Cataldo a voulu tout mettre, quitte à forcer.

Il aurait fallu moins de personnages, moins de fioritures stylistiques, plus de clarté pour mettre en valeur l’évidente maîtrise du sujet. En l’état, difficile de recommander ce roman. Pour ceux que les collusions services secrets – mafia – extrême droite – grande industrie intéressent, il y a toujours Dominique Manotti ou Serge Quadruppani. Pour ceux qui préfèrent se plonger dans l’histoire de Cosa nostra au sortir de la seconde guerre mondiale, on peut toujours se rabattre sur Norman Lewis. Quant à De Cataldo, le visionnage du film amènera sans doute à lui accorder une seconde chance avec Romanzo Criminale.

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