Naissance d’un pont (Maylis de Kerangal, 2010)

naissance d'un pontAutour de la construction d’un pont en Californie, réminiscences de ruée vers l’or

La construction d’un pont aussi grandiose que celui qui se projète à Coca, en Californie, change la vie de centaines de personnes. Il y a d’abord les riverains, hhabitants de Coca et Indiens de la réserve située en face de la ville. Il y a le maire de Coca, surnommé le Boa, et ses affidés. Il y a le « syndicat » des propriétaires de bacs, qui n’ont rien à gagner et tout à perdre dans l’affaire. Il y a Héraclès, avatar d’un Bouygues ou d’un Vinci, et ses experts bourlingueurs, transbahutés d’un projet à l’autre, d’un bout du Pacifique à l’autre. Il y a Ponteverde, joint-venture d’Héraclès, d’une boîte américaine et d’une indienne montée spécialement pour le projet ; Ponteverde et ses centaines d’intérimaires venus parfois de fort loin. Comme au temps de la ruée vers l’or, les bras à louer se déversent sur la côte californienne et son chantier gigantesque.

Chefs de chantiers, ouvriers, riverains et politiciens, c’est la rencontre de ces vies et de ces projets que raconte Maylis de Kerangal. Tout part de ce projet grandiose, tout à la fois exploit technique et enjeu symbolique pour le maire et sa ville. Mais s’il y a pour le Boa l’espoir futile de laisser sa marque, ce projet cristallise aussi les espoirs de toute une masse laborieuse venue gagner son pain. Kerangal assume le côté western de cette épopée constructrice. Les magnats installés dominent une troupe de tâcherons aux espoirs limités, avec le concours de quelques francs-tireurs venus de l’extérieur, ici le grutier, le chef de chantier et la responsable des bétons.

Naissance d’un pont affiche l’ambition rafraichissante de s’attaquer par de multiples entrées à la complexité technique, politique et sociale d’un projet qui s’avère exemplaire du fonctionnement d’une économie mondialisée, avec ceux qui en profitent et ceux qui courent après. La trame est intéressante, et les éléments de ce récit intriqué sont bien présents. Néanmoins le résultat est mitigé du fait d’une écriture assez distanciée et neutre. On aurait aimé sur un tel sujet un lyrisme plus débridé et naturel que les longues phrases ampoulées qu’on croise fréquemment. Le résultat est en demi-teinte, on apprécie l’ambition et la construction du roman, mais ces personnages éphémères et ce style refroidissent l’enthousiasme.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s