Le Talon de fer (Jack London, 1908)

talon de ferLe socialisme scientifique mis en fable politique

1912, Californie. Lors d’un dîner organisé par son père, respectable professeur de physique à berkeley, Avis fait la connaissance d’Ernest Everhard. Au milieu d’une assemblée de notables, ce jeune meneur socialiste étale brillament son catéchisme marxiste. Fascinée mais pas convaincue, la jeune Avis décide de se faire sa propre opinion, et se lance dans une enquête dans les bas-fonds de l’industrie californienne. En rencontrant les ouvriers mutilés et les patrons méprisants, son âme bascule en faveur de la grande révolution prolétarienne. Elle devient la compagne d’Ernest Everhard, au coeur d’une lutte sanglante contre le Talon de fer des dominants.

Ce résumé devrait suffire à montrer qu’on tient là le manuel du socialisme révolutionnaire du début XXème. La rhétorique est très ancrée dans un matérialisme historique dont les expériences qui démarrent moins de dix ans plus tard avec la révolution russe mettront en évidence les limites. Sur ce point, la lecture quasi-concomitante du Zéro et l’infini de Koestler est tout à fait illustrative de la façon dont la logique apparemment implacable de ce discours englobant autorise bien des horreurs dans le présent au nom d’un futur égalitaire.

Ceci étant, malgré ces élans, London n’est jamais bien loin d’événements réels quand il décrit la violence de la répression du mouvement ouvrier. L’histoire des luttes sociales américaines est singulièrement violente. La répression des grèves et manifestations du dernier quart du XIXème, que décrit notamment Antonin Varenne, la prémonition de l’expulsion de militants anarchistes lors des Palmer raids, l’écrasement de la Commune de Chicago qui reprend le précédent parisien et se pose en prélude des répressions de mai 1886 sont autant de parallèles. London agrémente d’ailleurs le texte de nombreuses notes, certaines purement factuelles, d’autres prolongeant prospectivement des tendances comme celles du vote socialiste. Il y a donc un contexte et des faits solides, mais qui amènent une prophétie qui ne pouvait prévoir deux guerres mondiales et la réduction massive de l’industrie traditionnelle dans les pays développés.

Le Talon de fer est intéressant comme document et témoignage fictionnel d’un pan de la réflexion et de la rhétorique socialistes de l’époque. Comme le souligne la préface, les incantations d’Everhard sont aujourd’hui largement périmées. Le même préfacier tente alors de vendre un magnifique roman d’amour, genre dans lequel il est pourtant largement anecdotique… Pour résimer, s’il ne fallait garder qu’un seul roman de London, comme le suggère la quatrième de couverture, ce ne serait certainement pas mon premier choix. A mesure que je me progresse dans mes lectures, London m’apparait d’ailleurs de plus en plus comme un nouvelliste génial (La RouteConstruire un feuLes Enfants du froid) mais en retrait dans ses romans.

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