Notre île sombre (Christopher Priest, 2011)

notre ile sombreLa Grande-Bretagne envahie par des Africains en fuite : révision d’un des premiers Priest

Ce roman est une version révisée d’un des premiers romans de Priest, Fugue for a Darkening Island, de 1972, traduit en 1976 aux Presses de la Cité sous le titre Le Rat blanc. L’Angleterre y est décrite envahie par une foule de migrants fuyant une Afrique devenue invivable à la suite d’un désastre nucléaire. Plusieurs attitudes coexistent : les faucons veulent qu’on mette tout ce petit monde à la porte, les humanistes soutiennent qu’il y aura bien de la place pour eux, les indécis attendent de voir. Mais les événements n’attendent pas. Les tensions se militarisent quand les migrants s’arment peu à peu (déstabilisation par les Russes ?) et commencent à exproprier des quartiers entiers pour s’y installer. L’ONU installe ses camps. L’armée britannique se déploie, même si dans ses rangs certains croient sentir le vent tourner et rejoignent les Afrims.

Dans cette Grande-Bretagne en pleine tourmente, nous suivons le parcours d’Alan Whitman. Whitman est enseignant, vit en banlieue, s’occupe de sa gamine quand il a le temps, son mariage s’effrite mais il laisse faire et se rattrape comme il peut ailleurs. Ce quadra de classe moyenne lambda, éduqué, centre-gauche, est expulsé de chez lui et se trouve sur la route avec femme et enfant, dans le rôle du mâle protecteur. Mais Whitman ne peut rien dans une campagne livrée aux bandes de pillards et de violeurs : un soir, toutes les femmes du groupe qu’il a rejoint sont enlevées. Dès lors, le seul objectif de Whitman est de retrouver sa femme et sa fille.

Priest a déjà montré sa capacité à tisser les récits de façon fluide et intelligible. Il entrelace ici quatre grandes époques : la jeunesse de Whitman, la période qui précède l’arrivée des Afrims, l’errance avant l’enlèvement des femmes et leur recherche. Priest joue sur les contrastes entre ces différentes périodes, et sur le changement du personnage de Whitman, d’une vie tranquille à la survie dans une campagne ramenée à l’état tribal. Le procédé n’est pas neuf, mais c’est bien la seule source de motivation pour le lecteur, et elle est limitée. Le jeu politique est très classique, les évolutions de la situation du pays et du protagoniste sont cousues de fil blanc. Du coup, le roman ne vaut que pour son portrait de Whitman, que Priest se sent obligé d’enrichir de passages d’enfance et de premiers émois qui n’apportent rien.

Évidemment, la réédition de ce bouquin en 2011, alors que la « crise des migrants » prenait de plus en plus d’ampleur (réelle et médiatique), puis avec maintenant les conséquences de la guerre en Syrie, a amené certains à y voir une dystopie brillante voire ou à y trouver un caractère plus ou moins prophétique. Pourtant, on ne voit rien de visionnaire ni d’inspiré dans ce roman plutôt ennuyant. Si la technique est déjà excellente, avec l’entrelacs de récits, derrière ce vernis formel rien de très excitant.

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