Epicure en Corrèze (Marcel Conche, 2014)

epicure en correzeFragments de souvenirs et éléments de pensée décousus et sommaires

Marcel Conche est une pointure dans le petit monde français de la philosophie. Éminent helléniste, ancien professeur de philosophie à la Sorbonne, l’homme a traduit et commenté Héraclite, Épicure et Lao Tseu, entre autres. Arrivé à l’âge canonique de 92 ans, il livre dans ce petit ouvrage des morceaux de sa vie et des bouts de réflexion.

L’ouvrage est construit comme une succession chronologique de souvenirs, ponctuée de digressions. Alors que le titre ne manque pas d’attirer (titre d’éditeur, précise l’auteur), du contenu de la réflexion philosophique, il ne sera pas beaucoup question, ou alors en surface. Conche évoque Montaigne ou Épicure, mais ne les discute jamais vraiment. Les réflexions « périphériques » offrent quelques perles :

« Quelle différence y a-t-il entre le héros et le génie, pour moi qui ne suis ni l’un ni l’autre ? On est héros par volonté, on est génial par grâce. L’héroïsme, vous le décidez, le génie vous est donné. L’héroïsme, c’est vous. Le génie, c’est la Nature qui a décidé pour vous. on peut dire : « Je rêve d’être un héros. » On ne peut pas dire : « Je rêve d’être un génie ». J’ai une admiration énorme pour le mathématicien Henri Poincaré, et je ne suis rien à côté de lui sur le plan des mathématiques, mais je me sens dans la même « classe » intellectuelle que lui, je ne me sens pas « autre ». Tandis que je me sens « autre » vis-à-vis de tous les grands artistes. Même en travaillant mille ans, je ne pourrais jamais peindre un Goya (je veux dire un « Conche » égalant un Goya). »

Dommage que le philosophe ne se soit pas mis aux mathématiques – ou mieux, à la médecine, VIH et cancer n’auraient qu’à bien se tenir. Autre pensée, sur les femmes et leurs différences avec ces mâles « dans la plupart des cas […] clairs comme le jour » :

« J’avoue n’avoir pas vraiment cherché à comprendre les natures féminines. Que veulent-elles au juste ? […] A mes yeux, les femmes sont des êtres compliqués et surprenants […]. Peut-être que le fait d’avoir été si longtemps empêchées de s’exprimer les a-t-il obligées à la subtilité de stratégies invisibles ou qu’en tout cas je ne saisis pas. C’est pourquoi je leur porte toujours une attention sérieuse et interrogative. »

Au milieu de ces bribes de réflexion, le seul vrai sujet, c’est bel et bien le chemin qui a amené Marcel Conche vers la philosophie. L’intérêt relatif du bouquin réside dans le récit du parcours d’un gamin, fils d’agriculteur, avide de savoir, lecteur de Kant à 15 ans, vers une vie d’universitaire et de philosophe, alors qu’il ne part pas du milieu social le plus avantagé pour ce parcours et que la Seconde Guerre mondiale perturbe tout. Pour le reste, les émois d’un adolescent pour sa professeure de première, qu’il épousera par la suite, les jalousies de cette dernière, ou encore le regain de passion d’un universitaire en retraite pour une bergère corse (épisode largement développé par ailleurs), m’ont semblé manquer d’intérêt.

On trouvera certainement des chroniques paysannes des années 20-30 au moins aussi intéressantes ailleurs, sans cet enrobage décidément trop décousu pour moi. Un titre accrocheur (même non revendiqué par l’auteur, qui récuse cette marque d’orgueil !), un « grand nom », et on peut vendre à peu près n’importe quoi…

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