La Forêt de cristal (J. G. Ballard, 1966)

Au coeur de la forêt, l’étrange vague cristalline gêle tout

Le Dr Sanders soigne les lépreux en Afrique depuis quinze ans. Ses collègues, les Clair, l’ont récemment quitté pour s’installer plus loin, à la léproserie de Mont-Royal. Nostalgique de sa relation avec Suzanne Clair, Sanders se met en route pour leur rendre visite. Mais dès son débarquement, alors que des kilomètres de forêt le séparent encore de Mont-Royal, Sanders est témoin d’événements et de comportements singuliers. Des objets étrangement cristallisés circulent en ville, et un beau jour, c’est un noyau qui s’échoue, le bras enfermé dans une gangue diamantine. Déterminé à remonter à la source du phénomène, Sanders accompagne les militaires vers Mont-Royal. Il découvre alors une forêt progressivement mangée par la cristallisation, où le temps coule étrangement, où les premiers satellites brillent plus puissament que de raison. Dans ces bois errent les derniers accrochés, certains prêts à tout pour rester et joindre l’éternité…

Le tableau proposé, certaines scènes de courses dans ces forêts scintillantes et immobiles, sont d’une grande puissance évocatrice. Qu’importe ce qui a amené ces gens ici, qu’importe la source de ce phénomène, cette galaxie double qui fait d’un coin d’Afrique un purgatoire. Il reste le choix de partir ou d’accepter une transmutation qui semble inévitable, tant la cristallisation s’accélère pour probablement couvrir la planète. Face à la beauté pure du cristal, où est d’ailleurs le bon côté ? « A la vérité, le reste du monde paraissait bien terne et inerte par contraste, un reflet pâli de cette éclatante image, une grise zone de pénombre comme quelque purgatoire à demi-abandonné ». foret de cristalOn est bien loin des romans apocalyptiques où tout n’est que fuite effrénée face à l’épidémie ou à l’envahisseur;  ici tout fascine, Sanders contemple, admire, cherche à comprendre au cœur de ces forêts ce qui agit. Dès le « fleuve sombre » du premier chapitre, Conrad n’est pas loin, que ce soit celui d’Au cœur des ténèbres ou celui de La Folie Almayer, sauf que les forêts inquiétantes se font ici fascinantes, magnétiques. La poésie qui distingue ce roman émerge de cette attraction, et de la léthargie qui semble saisir les personnages face à une vitrification certaine.

L’écriture est riche, l’univers marquant, et la lecture déroutante, tant personnages et péripéties paraissent insignifiants dans cet univers d’une poésie glaçante. Comme chez beaucoup de grands auteurs, et comme par ailleurs avec Vermilion Sands, la magie fonctionne en deux temps ; le charme atteint son effet maximal après la lecture, laissant la place à une nostalgie rêveuse, à un vagabondage dans les troncs de quartz des forêts africaines pétrifiées. Assurément un grand roman, à placer au panthéon de la SF, pas loin du monde détraqué de Stalker ou de celui trompeur du Monde inverti.

A noter la nouvelle traduction, toujours chez Denoël, en 2008 par Michel Pagel. J’ai pour ma part lu celle de Claude Saunier, parue en 1966.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s