Les Barbares (Jacques Abeille, 2011)

barbaresParcourir les Contrées avec Abeille, c’est un peu redécouvrir Tolkien, un plaisir d’imagination indicible…

Les Barbares se place directement à la suite des Jardins statuaires. Le voyageur des Jardins a décrit les coutumes de cette contrée où les hommes s’ingénient à guider la pousse de statues qui émergent spontanément du sol. Ce voyageur conte également les derniers temps qui précèdent l’arrivée des cavaliers des steppes, menés par un Prince lui-même exilé des jardins statuaires. Ne s’arrêtant pas aux jardins, les nomades ont déferlé et pris Terrèbre, capitale de l’Empire qui jouxte la terre statuaire. Lors de l’invasion, un cavalier transmet au doyen de l’université de Terrèbre le manuscrit du voyageur – soit ce que le lecteur connaît comme Les Jardins statuaires. L’ouvrage est traduit en terrébrin et connaît son petit succès. Il ne faut alors pas longtemps pour que son traducteur soit repéré par les cavaliers, qui l’emmènent à leur camp et devant leur Prince. Ce dernier lui expose son projet : quitter Terrèbre et repartir vers les jardins statuaires, sur les traces du voyageur.

Embarqué dans ce périple au côté du Prince, accompagné du fidèle lieutenant de ce dernier, de sa nourrice et d’un jeune terrébrin adopté par les cavaliers, le professeur s’immerge dans les coutumes des nomades. Bien loin de la barbarie supposée, il découvre une société aux normes complexes et aux valeurs nullement moins remarquables que celles de la prétentieuse Terrèbre. Les coutumes et les mythes qui se révèlent lui ouvrent la porte d’une culture sophistiquée, qui séduit rapidement cet universitaire.

Néanmoins, à mesure que le voyage progresse, le Prince montre de plus en plus de signes d’instabilité et s’avère sujet à des crises de démence. Le professeur s’interroge sur les raisons qui amènent cet homme, qui avait tout conquis, à tout laisser derrière lui pour partir sur les traces d’un voyageur qu’il n’a rencontré qu’une seule fois. De rencontre en conversation, il reconstitue l’histoire du Prince depuis sa jeunesse dans les jardins, sa conquête de la terre qui l’a vu naître, et l’enjeu de sa présente quête.

Si Les Jardins statuaires avait largement défloré l’univers des Contrées, en décrivant largement sa part la plus intrigante, les jardins statuaires, et en abordant les cavaliers des steppes, Les Barbares offre également sa part de découverte avec l’étude en profondeur des mœurs des cavaliers. Moins immédiatement charmeur que Les Jardins, Les Barbares prend vite une tournure plus brumeuse, plus incertaine. Le monde apparemment immuable décrit dans le premier tome a changé, l’éphémère horde nomade du Prince a tout bousculé et fait plier la société statuaire, jusqu’à la faire rompre par endroits. Les Contrées gagnent en profondeur, leur trame se complexifie avec ce deuxième tome qui amène une dynamique bienvenue dans l’histoire de ce monde.

La lecture est toujours aussi délicieuse, grâce à la richesse et la charmante préciosité d’une écriture parfaitement en phase avec le rythme de la quête. Un voyage onirique, une escapade ethnologique, un roman de rêveuse aventure, Jacques Abeille propose un peu tout cela. Dans l’écrin soigné que lui offre Attila – couverture de François Schuiten, superbe carte des Contrées par Pauline Berneron – il ne faut pas hésiter un instant à se jeter sur ce complément indispensable au chef d’œuvre initial.

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