Là où dansent les morts (Tony Hillerman, 1973)

la-ou-dansent-les-mortsMeurtre à la croisée de rites Zuñis, de trafics hippies et de spéculations anthropologiques

Le Petit Dieu du Feu Zuñi a disparu, en territoire Navajo. Tout indique qu’il a été assassiné. Son meilleur ami, un jeune électron libre Navajo qui rêve d’être initié Zuñi, manque aussi à l’appel.  Zuñis et Navajos, qui ne s’apprécient guère, vont devoir collaborer pour éclaircir l’affaire. Côté Navajo, c’est Joe Leaphorn qui s’y colle. Pour son enquête, il va se heurter au mystère qui entoure les traditions Zuñis, et tâcher d’appréhender les motivations de deux autres groupes autour desquels gravitaient les deux jeunes amis : des anthropologues qui cherchent avec leurs fouilles à confirmer une théorie controversée, et des hippies venus profiter du climat – ou de la proximité avec la frontière mexicaine et ses traficants de drogue.

Indien Zuñi en costume, entre 1871 et 1907, Smithsonian Institution

Le Petit Dieu du Feu est un adolescent choisi parmi les jeunes Zuñis, qui incarne le dieu lors de cérémonies rituelles, affublé d’un masque sacré. Entouré d’autres effigies, il danse des heures durant pour attirer sur son peuple santé et prospérité. L’intrigue force le très méthodique Leaphorn à se replonger dans ses connaissances limitées du culte Zuñi, qu’entoure un secret bien gardé. Zuñis et Navajos ont beau vivre sur des territoires quasi-identiques (la réserve Zuñi est enclavée dans celle des Navajos), leurs normes et leurs traditions diffèrent grandement, qu’il s’agisse des règles régissant l’installation des familles (accollées dans l’un des denses pueblos zuñis ou éparpillées sur les terres navajos), des mythes fondateurs ou de leur conception de la mort (les Zuñis rejoignent une forme de paradis, les Navajos laissent derrière eux un fantôme qui incarne le pire de leur vivant).

File:Grand Canyon Indians.png

Les réserves Indiennes autour des Four corners (en haut), et l’implantation traditionnelle des tribus (en bas)

Navajos et Zuñis partagent malgré tout suffisament pour les distinguer clairement de l’homme blanc, dont la cupidité et l’ambition laissent Leaphorn perplexe. Ce thème récurrent chez Hillerman (cf notament Le Peuple des ténèbres) est servi par la figure d’un enquêteur curieux et minutieux, sensible dans ses interrogatoires et pragmatique dans ses démarches. Soumis aux ordres et à la condescendance des autorités fédérales qui règnent sur le mille-feuille administratif des réserves indiennes, Leaphorn est aussi confronté au mur qui entoure jusqu’aux policiers zuñis. Le FBI semble plus intéressé par les trafics de drogue transfrontaliers, le police de l’Etat laisse les Indiens enquêter ; il faudra donc que Leaphorn avance seul pour trouver l’assassin du jeune prêtre et retrouver son ami disparu.

Pueblo zuñi, George Wharton James, 1886-1900

Pueblo zuñi, George Wharton James, 1886-1900

Ce deuxième roman « indien » de Tony Hillerman est d’un équilibre remarquable, ne délaissant jamais l’intrigue au profit d’un contexte fouillé. Un vrai plaisir de lecture.

Ailleurs sur le web, la chronique de Philippe Cottet sur LeVentSombre est ici

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