Les coqs cubains chantent à minuit (Tierno Monénembo, 2015)

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Entre Guinée et Cuba, destins croisés

Le Guinéen Tierno Alfredo Diallovogui débarque à Cuba. Il y gagne rapidement un surnom, El Palenque, décerné par son guide improvisé, l’enthousiaste Ignacio Rodriguez Aponte. Taciturne, El Palenque semble chercher quelque chose, dans une sorte de retour aux sources inversé – un Africain venu chercher ses racines à Cuba… Et pourtant, elles sont bien là. Il s’avère qu’El Palenque est le fils d’une jeune cubaine, descendante d’une famille bourgeoise épargnée par Castro, et d’un musicien guinéen, débarqué à Cuba avec trois-mille-cinq-cents de ses confrères musiciens d’Afrique de l’Ouest pour un festival. Des années plus tard, El Palenque revient sur les traces de sa mère, avec quelques souvenirs, encore moins d’informations, et les bribes d’une chanson.

Les coqs cubains chantent à minuit vaut avant tout par son ambiance souvent enfiévrée, l’intrigue que monte Monénembo restant assez faible. Avec enthousiasme, Tierno Monénembo nous embarque dans une tournée des boîtes cubaines et lève le voile sur quelques détails amusants du parcours de Fidel Castro dans le maquis. Politique, musique et culture, on plonge aussi dans les multiples liens qui unissent Cuba à l’Afrique de l’Ouest. Malgré les destins tragiques à la Lorenzo Lunar, on pense à travers ces pages à l’énergie et à la générosité d’Henri Lopès dans son Chercheur d’Afriques. Un bon moment, haut en couleur.

« J’avais besoin de tes sous, mais j’avais aussi besoin de résoudre une énigme, celle avec laquelle tu m’avais laissé avant de monter avec Ninca : étais-tu né ici ou ne faisais-tu que crâner pour te payer la tête du pauvre Ignacio ?

Un Africain à Cuba à la recherche de ses racines ! C’était bien la première fois que j’entendais ça. En temps normal, c’était l’inverse qui se produisait. Mais avec toi, ça ne pouvait pas exister, un temps normal ! Dans les années 60, après vos désastreuses indépendances, des milliers de Nègres de Harlem, de Louisiane et d’ailleurs déferlèrent dans les ports de la Guinée et du Ghana, larmes aux yeux et caméras en bandoulière dans une quête éperdue de leurs aïeux. Ils se rendirent vite compte de leur méprise. C’étaient bien des Noirs comme eux qu’ils croisaient dans les marchés et les cimetières, les forêts sacrées et les temples vaudous,mais des Noirs étranges. Des Noirs étrangers ! Des frères qui ne l’étaient plus vraiment, qui mangeaitn avec les doigts, crachaient et rotaient sans vergogne ! Des hommes couverts de balafres ! Des gosses nus de pied en cap ! Des femmes qui pissaient debout ! Des Noirs qui n’avaient jamais entendu parler du Mississippi, des Noirs qui ne pigeaient rien au gospel… Il reste néanmoins que cette quête-là, on peut la comprendre. Mais débarquer un beau soir de Paris tout en se disant de Guinée et revendiquer des ancêtres cubains, cela méritait pour le moins une explication. »

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