Ébène (Ryszard Kapuściński, 1998)

ebeneMémoires d’un grand témoin de cinquante ans d’histoire africaine

Sous-titré Aventures africaines, Ébène est un recueil de souvenirs des voyages africains de Kapuściński. Débarqué pour la première fois à Accra en 1958, le reporter polonais n’a ensuite eu de cesse de parcourir le continent, du Ghana à l’Erythrée, de l’Ouganda au Mali (de fait, seuls le Maghreb, Madagascar et une partie de l’aire méridionale -Afrique du Sud, Botswana, Zimbabwe- sont exclus de ses voyages). Sur ses pas, on passe en revue un demi-siècle d’histoire, avec la dictature d’Amin Dada, les coups d’État militaires au Nigeria, le génocide des Tutsis au Rwanda ou la guerre d’indépendance du Sud Soudan.

L’ouvrage est composé de chapitres courts et largement décorrélés, qui constituent un patchwork de souvenirs, mêlant les anecdotes et les histoires vécues à des passages plus didactiques (cf par exemple Conférence sur le Rwanda, ou Un enfer pétrifié sur les exactions de Taylor et de ses concurrents au Liberia, et Mais où sont-ils passés ? sur la guerre interminable au Sud Soudan). Kapuściński a voyagé « à la dure », avec les moyens limités de l’agence de presse polonaise, et entre deux points d’histoire, on le retrouve en panne de carburant dans la Sahara (Salim), ou frappé de malaria à Kampala (Des entrailles de glace). File:Topography of africa.jpg

Les amateurs de récits de voyage ou d’aventure et les curieux de l’histoire africaine récente trouveront ici un témoin exceptionnel du demi-siècle qui a vu les indépendances se succéder en Afrique. On perçoit dans ses analyses la matrice des situations actuelles de bien des pays, avec une appréhension de l’Afrique dans toute sa diversité, du désert malien aux douceurs de Zanzibar. L’ouvrage est plus personnel que Le Christ à la carabine, plus « transparent » dans sa forme que Le Négus. L’équilibre entre le personnel et le général est bien dosé, ce qui évite à la fois l’inconsistance de l’anecdotique et la lourdeur de la démonstration. Il constitue une bonne porte d’entrée à l’œuvre de ce mythique reporter, qui prend la suite d’autres voyageurs légendaires, tels Joseph Kessel, Albert Londres ou Odette du Puigaudeau.

« Je suis allé à Koumassi sans but précis. En général, on considère qu’avoir un objectif, c’est positif car cela motive. D’un autre côté, quand on a un but, on a des œillères : on a en vue son objectif et rien d’autre. Or ce qu’il y a autour, dans un horizon plus large, un champ plus profond est souvent bien plus intéressant et important. Aborder un univers, c’est pénétrer un mystère pouvant receler une infinité de labyrinthes, de recoins, d’énigmes et d’inconnues ! »

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