Courlande (Jean-Paul Kauffmann, 2009)

courlandeExplorateur d’une contrée balte aussi chargée d’Histoire qu’elles est « inexotique »

A la fin des années 1960, lors de son service national comme coopérant au Québec, Jean-Paul Kauffmann s’enamoure d’une jeune libraire, Mara. La famille de cette dernière est originaire d’une région méconnue de Lettonie, la Courlande. Son service terminé, Kauffmann revient en France, devient journaliste, et n’entend plus parler de cette contrée qu’épisodiquement. Des années plus tard, un ami lui demande un reportage sur les pays baltes. Il suffit à Kauffmann d’invoquer la Courlande, et le pouvoir de fascination de ce nom suffit à le voir envoyé, avec sa femme Joëlle, dans les bois lettons.

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Le duché de Courlande en 1740

La Courlande est l’ancienne terre des chevaliers teutonique. Les « barons baltes » allemands y ont longtemps tenu le pouvoir, en maintenant en quasi-servage la population lettone. Indépendante entre 1561 et 1795, la Courlande s’est même payé le luxe d’aventures coloniales aux Antilles (Tobago) et en Gambie (île Saint James). Puis arrivent les Russe au XIXème, et le XXème jète la Courlande entre l’Allemagne et la Russie, tsariste puis soviétique. Cette histoire complexe a laissé à la Courlande une litanie de châteaux, héritage des barons transformés en écoles et autres bâtiments communaux sous le communisme, et des installations soviétiques, le port militaire de Ventspils et son centre secret de radioastronomie.

La contrée se pare donc d’une aura mystérieuse. Au volant d’une Sköda de 1988, Kauffmann bat la campagne, de manoir en manoir. En plus de son reportage, il a été nanti d’une mission par une parente : rencontrer le Ressuciteur, un Alsacien venu identifier les tombes des malgré-nous tués en Courlande lors de l’ultime résistance nazie face aux Russes. Comme à l’accoutumée, Kauffmann chérit le « superfétatoire », « l’inessentiel ». Quelques rencontres surprenantes jalonnent le périple, un professeur de design allemand, une universitaire française, un rockeur letton avant-gardiste.

Là où le récit de voyage tire souvent vers les terres flamboyantes, à la mythologie bien établie, ou vers l’exploit du voyageur, la proximité littéraire d’un Jean Rolin se fait sentir dans ce récit de voyage en zone grise. De l’anecdotique et du fugace, Kauffmann tâche de faire émerger l’esprit des lieux, la source de leur pouvoir de fascination. Moins personnel que La Maison du retour, plus proche de L’Arche des Kerguelen mais forcément moins « exotique » dans les lieux qu’il explore, Courlande exerce, comme la contrée qu’il décrit, un charme qu’on peine à substantier, qui tient tout à la fois à l’écriture érudite, à la posture parfois presque précieuse de Kauffmann face à l’anecdotique, et à l’enjeu insaisissable de ce voyage dans une contrée absente de la mythologie collective. L’intérêt s’étiole néanmoins passé les deux tiers, à mesure que la Courlande se dévoile—ou que le lecteur prend conscience qu’elle ne se dévoilera pas…

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