La Trilogie berlinoise (Philip Kerr, 1989-1991)

trilogie-berlinoiseMarlowe chez les nazis

Bernie Gunther est un détective de roman noir hard-boiled à la Dashiell Hammett, Raymond Chandler ou Ross MacDonald : séducteur, grande gueule, rarement tout à fait sobre, franchement désabusé. Mais les frasques des magnats californiens ou les connexions mafieuses des édiles du Nevada n’ont aucune commune mesure avec l’ambiance ignoble du Berlin des années 30 et 40. Derrière sa façade cynique, Bernie Gunther fait son possible pour survivre sans trop se mouiller dans le nazisme. Il continue à fréquenter ses connaissances juives tant qu’il le peut (et à accepter les clients juifs, véritable mine d’or pour le privé qu’il est au vu du nombre de disparitions en 1936), se fait muter dans la police militaire pour éviter de participer aux Einsatzgruppen. Mais quand Heydrich ou Goering réclament ses services, le pauvre Bernie doit abdiquer son dégoût pour s’en sortir…

Dans L’Eté de cristal, Bernie est embauché en 1936 par un riche industriel dont la fille et le gendre ont été retrouvés criblés de balle dans leur maison incendiée. Les rues ont beau être nettoyées des placards les plus violemment antisémites, la nuit de cristal approche…

Dans La Pâle Figure, Bernie est convoqué par Heydrich, le bras droit d’Himmler, qui lui demande d’enquêter sur les viols suivis d’assassinats de jeunes filles. Si les jeunes filles sont toutes de parfaites aryennes, les meurtres ont des ressemblances avec les sacrifices rituels que l’imagerie nazie prête aux Juifs. L’annexion des Sudètes se prépare, l’Europe est au bord du gouffre.

Un requiem allemand se déroule en 1947, après la guerre. Bernie quitte Berlin pour Vienne. Il a été appelé par un de ses anciens collègues de la Kripo, la police criminielle berlinoise, qui est accusé de meurtre par les Américains et a été condamné à la pendaison. Les Autrichiens jouent la carte de « l’anschluss malgré nous », les Américains évitent la nuance en mettant tous les Allemands au même niveau que les SS. Dans cette ambiance nauséabonde, Bernie va découvrir un groupe d’ex-Nazis bien déterminés à se reconvertir dans la lutte anti-communiste.

L’intrigue est excellente dans le premier tome, correcte dans le deuxième et moins inspirée dans le troisième. C’est dommage, mais l’enjeu est évidemment bien plus dans l’ambiance chiadée de l’Allemagne nazie, à son pinacle puis immédiatement après son effondrement. Les trois romans mettent en scène une foule de personnages historiques, des plus connus (Heydrich, Himmler, Goering) et des moins fameux (Arthur Nebe, Otto Rahn, Julius Streicher), et font la part belle aux événements historiques (JO de 1936, annexion des Sudètes, nuit de cristal). Bien que très archétypale, la gouaille de Bernie Gunther fait mouche, et les 1000 pages passent d’une traite.

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2 réflexions sur “La Trilogie berlinoise (Philip Kerr, 1989-1991)

  1. Pingback: La Voix (Arnaldur Indridason, 2002) | Eustache Raconte

  2. Pingback: Prague fatale (Philipp Kerr, 2011) | Eustache Raconte

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