Born to run (Bruce Springsteen, 2016)

Le Boss tombe le masque

18 albums studio, 120 millions de copies vendues à travers le monde, des titres légendaires et quelques couvertures d’album aussi célèbres : Springsteen est un monument de la musique populaire américaine. Par les thèmes de ses chansons, ses styles vestimentaires successifs, le chanteur du New Jersey est par ailleurs devenu le symbole d’une certaine Amérique des classes populaires ouvrières. Après plus de cinquante ans de carrière, il décide de se raconter dans ces (épaisses) mémoires (600 pages !).

L’ouvrage est découpé en trois parties. La première couvre les jeunes années du Boss, de sa naissance à son deuxième album, The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle. La deuxième nous conduit de Born to run à la naissance de son premier enfant en 1990. La troisième section déroule les vingt-cinq années qui suivirent.

Le moins que l’on puisse dire est que Springsteen joue le jeu de l’introspection, et n’hésite pas à briser son image. Il évoque sa jeunesse d’enfant-roi, son égo surdimensionné, sa terreur à l’idée de s’engager dans une relation stable, puis de devenir père… Le récit alterne les sauts dans le vide, comme lorsqu’un Springsteen encore adolescent laisse ses parents partir pour la Californie et reste tenter sa chance dans le circuit musical du New Jersey, avec de monumentaux coups de blues qui tournent régulièrement à la franche dépression. Une confiance apparemment sans borne quand il s’agit d’enchaîner albums et tournées, et de remplir des salles sans cesse plus grandes, puis des stades, jusqu’au SuperBowl de 2009. Une profonde fragilité quand il s’agit de construire des relations intimes, fruit d’une enfance déséquilibrée entre un père dépressif et une mamma qui ne luit refusait rien. Il faudra la rencontre avec Patti Scialfa pour arrêter Springsteen au bord du vide.

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Cette révélation de la « face cachée » du cliché masculin américain, biceps, motos, blousons de cuir, Levi’s et chemises à carreaux, est un enjeu majeur de cette autobiographie. Qu’on imagine un peu Johnny Halliday nous annoncer qu’il pleure chez son psy… Pas de regret pourtant chez Springsteen d’avoir fait le choix du rock-business, lui qui a toute sa vie chanté le quotidien des ouvriers tout en refusant viscéralement l’idée de le vivre. Pour les plus connaisseurs, on découvre aussi l’histoire de chaque album, de la volonté de sonner R’n’B dans les débuts (Greetings from Ashbury Park, N.J., et The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle), avec cuivres et sans les solos de guitare qui peuplaient les rêves du jeune Bruce, à la fulgurance acoustique de Nebraska, enregistré seul chez lui sur un quatre pistes. L’influence décisive des différents membres du E Street Band (Steven Van Zandt et Clarence Clemons au premier chef, le producteur Jon Landau) est aussi intéressante. Les dessous de la gestion, sur quarante ans, d’un groupe composé d’individualités aussi fortes passe forcément par des périodes de tension, des engueulades et des retrouvailles, qui ne sont pas éludées.

Si les 600 pages contiennent forcément des longueurs, et qu’on ne tient pas là un bijou de style, les amateurs de Springsteen, de rock et de culture populaire américaine y trouveront largement leur compte.

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