Le roman des voyageuses françaises (1800-1900) (Françoise Lapeyre, 2007)

Un essai riche et passionnant à de nombreux points de vue.

Même si leurs récits ont souvent été éclipsés par ceux de leurs homologues masculins, nombreuses sont les femmes qui ont parcouru le monde au XIXème siècle. Artistes, voyageuses, missionnaires ou scientifiques, elles ont traversé les océans et les déserts, du Maroc à Futuna, de la Sibérie à l’Amazonie. Dans cet essai, Françoise Lapeyre passe en revue les témoignages qu’elles ont laissé.

Les récits de près de 80 voyageuses sont commentés, certaines au nom familier (Élisabeth Vigée-Lebrun, Louise Michel, Sarah Bernhardt), la plupart découvertes en cette occasion. On découvre une grande diversité de profil, des femmes ayant suivi un mari administrateur colonial aux voyageuses compulsives qui écument en solitaire les terres les plus lointaines (même si la majorité de ces voyageuses le sont en couple ou en famille). Le recueil est organisé de façon thématique. Lapeyre analyse les motivations des voyages (« les femmes de foi », « les missionnaires », »les résidentes en Amérique latine », « femmes de science », « le tourisme »…), leur regard sur le monde (« les antiabolitionnistes », »la foi coloniale », immédiatement suivie du « doute colonial », les « militantes de la cause féminine ») ou les conditions de leurs tribulations (« les maris », « le costume », « le froid »).

Cet essai est passionnant à plus d’un titre. D’abord en ce qu’il montre des conditions de voyage et du développement de l’industrie du transport et du voyage au XIXème. Si l’industrie touristique commence à se développer, avec ses guides, ses escales obligées, ses lignes régulières, les conditions ne sont pas partout aussi faciles, et certaines des voyageuses connaissent avec leur famille une fin tragique des suites d’une mauvaise fièvre, d’un naufrage ou d’une attaque. Ensuite, les récits de voyageuses foisonnent bien souvent de détails et d’observations qui en disent autant sur les situations rapportées que sur celles qui les décrivent. Racisme, colonialisme et mépris voisinent humanisme, féminisme et émancipation. Françoise Lapeyre relève les paradoxes de ces récits où les auteures hésitent à appliquer aux autres les standards qu’elles revendiquent pour elles, où le souci du pittoresque vient souvent estomper les convictions, mais où certaines montrent une force morale et un humanisme à toute épreuve.

 

 

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