La Vie et demie (Sony Labou Tansi, 1979)

vie-et-demieRoman expérimental incontournable, aussi unique que dérangeant

En Katamalanasie, le Guide Providentiel assied son pouvoir sur les litres de sang versés, la torture et les démembrements en tous genres. Mais un jour arrive Martial, qui n’est pas décidé à mourir. Découpé, massacré, hâché et servi au dîner à sa famille, Martial tient bon et hante le Guide. Alors que le dictateur perd le sommeil, la fille de Martial, Chaïdana, se venge comme elle peut, en séduisant et tuant les sbires du Guide. Bientôt, la voilà qui partage la couche du Guide, sous la surveillance de son père.

Totalement inclassable, La Vie et demie est un « roman du dictateur » à l’africaine, qui mêle violence crue et sexe avide dans un univers fantastique, nourri de contes et légendes. Radicalement inventif dans sa langue, La Vie et demie est la peinture révulsante et brillante d’une terre ignoble où le corps n’est qu’un morceau de viande à débiter suivant le bon plaisir du Guide, sans que même la mort ne puisse mettre un terme à l’enfer.

Impossible de rester indifférent dans ce tourbillon violent, qui ne laisse au lecteur aucun repère. Les plus sensibles devront peut-être s’abstenir de cette lecture brutale et viscéralement dérangeante, comparable dans les sentiments provoqués à celle de Guillermo Rosales. Cette radicalité totale, tant dans la forme que dans la trame, a constitué un point marquant dans les littératures africaines francophones post-indépendances. Dédié à un grand auteur de l’autre rive du fleuve Congo, Henri Lopes, La Vie et demie étend son influence jusqu’à nos jours, comme chez l’explosif Fiston Mwanza Mujila de Tram 83. Le roman n’a pas non plus laissé indifférent Alain Mabanckou, qui livre sur L’Humanité (ici) le récit savoureux de sa rencontre avec Saony Labou Tansi…

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