Le Pays sans ombre (Abdourahman A. Waberi, 1994)

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En 17 textes courts, kaléidoscope de Djibouti sous son soleil de plomb

Le Pays sans ombre, c’est Djibouti, la patrie d’Abdourahman Waberi, émigré par la suite en France puis aux États-Unis. Dans ce premier recueil publié, il dresse un portrait de cette terre ingrate et maltraitée. Violence du pays, violence des hommes, le tableau évoque le llano de Juan Rulfo. La « ville blanche et lépreuse », les quartiers populeux aux « ruelles plus sinueuses que méandres en Amazonie », le bidonville, « gros fragment d’humanité dans la gadoue et l’ennui rustique », tous écrasés par la chaleur, inhumaine à « l’heure-suicide, l’heure ou les dards du soleil sont plus tranchants que des tessons de bouteille ».

Outre Rulfo, Kavvadias n’est pas loin dans cette prose noire. Une écriture poétique et terrible, pour une terre désolée : l’écriture poétique et sans concession de Waberi est parfois encore inachevée, trop démonstrative par passages, mais pleine de promesses et d’une force indéniable. D’une plume impitoyable, Waberi dissèque tout, les colons méprisants, les femmes écrasées comme cette Marwo, « jeune usagée de la vie », qui fuit car son « père humiliant veut la donner à un vieillard édenté », les troglodytes assommés par les drogues végétales, le khat mâché à longueur de journée dans les villes désertes sous le soleil, la famine en Somalie voisine. C’est certain, la misère n’a rien de plus enviable au soleil…

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