L’Afrique qui vient (collectif, 2013)

« Dans votre texte, traitez l’Afrique comme si elle ne formait qu’un seul pays. Une ambiance chaude et poussiéreuse,  savane à perte de vue et immense troupeaux d’animaux, sans oublier des personnes de haute taille, maigres et affamées ; ou bien une atmosphère chaude et humide, avec des gens petits qui mangent du singe. Ne vous encombrez pas de descriptions précises. L’Afrique est gigantesque : cinquante-quatre pays, neuf-cent millions d’habitants trop occupés à mourir de faim, à faire la guerre ou à émigrer pour lire votre bouquin. Le continent est truffé de déserts, de jungles, de hauts plateaux, de savanes et de bien d’autres choses encore, mais votre lecteur n’en a cure, donc cantonnez-vous à des descriptions romantiques, évocatrices et vagues. »

afrique qui vient

Magistrale entrée en matière que celle de Binyavanga Wainaina ! Bien que ce soit évident, il n’est pas superflu de rappeler que l’Afrique, ce n’est pas ou pas seulement la Françafrique, le génocide rwandais, le Biafra, la Somalie, tout cela peuplé de Massaïs et de Pygmées en pagnes…

On évoquera malgré tout dans cette anthologie la misère et la violence. NoViolet Bulawayo (En arrivant à Budapest) décrit crûment la vie de gamins des bidonvilles zimbabwéens, Teju Cole (Area boys) la peur qu’inspirent les bandes de jeunes à Lagos. Mais on ne s’arrêtera pas là, car en Afrique on s’aime, on divorce (Goliwood drama, Niq Mhlongo), on traîne sur Facebook (L’autre Habila, Helon Habila), on se fait larguer et ça fait mal comme n’importe où ailleurs (Chants d’oiseux, Chimamanda Ngozi Adichie ou Teibashin, Felwine Sarr).

On vit, finalement, en dehors des tragédies ou malgré elles. Les littératures africaines se font peut-être rares en rayons justement parce qu’elles évitent ces clichés qu’on aimerait bien y voir. Effectivement c’est bien banal Facebook, un Parisien pourrait raconter la même chose : où est le grand drame africain ! De ce fait, ce qui fait probablement le plus de bien dans ce recueil, c’est justement le quotidien, à la ville ou en brousse, comme dans la belle nouvelle de Wilfried N’Sondé (Tanganyika).

Les textes ne se valent pas tous, le brillant En arrivant à Budapest jouxte des textes plus mous ou verbeux. Mais les pays, les personnages, les genres se mélangent allègrement (articles de journaux, théâtre, nouvelles, extraits de romans…), et de tout cela émerge une image de la complexité d’un continent aux visages aussi variés que le sont ceux de l’Europe, des Amériques ou de l’Asie. On passe aussi dans ce recueil par la diaspora africaine, avec Leonora Miano (Palma-Christi), camerounaise installée en France, aux personnages antillais… Face à cette incroyable mosaïque, on pardonne les imperfections de certains textes.

« Un monde meurt, et avec lui bien de nos repères – un autre monde naît, dans le tumulte et le chaos, mais avec une formidable énergie, et avec lui une nouvelle Afrique, qui entend prendre sa place dans le siècle qui a commencé », annoncent Michel Le Brise et Alain Mabanckou en introduction. David Van Reybrouck le montrait déjà dans les derniers chapitres de Congo : les lignes bougent à une vitesse incroyable, malheureusement le monde éditorial n’a pas toujours leur vivacité et peine à montrer ce bouillonnement. Le Bris et Mabanckou s’attaquent à ce manque avec cette vue panoramique qui saura, espérons-le, impulser une nouvelle dynamique éditoriale.

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